Formation : à Parme, l’Europe prépare l’avenir de la profession infirmière (FINE 2026)
5 mars 2026
À Parme, la conférence européenne FINE 2026 réunit enseignants, chercheurs et représentants de la profession infirmière pour réfléchir à l’avenir de la formation et au renforcement des systèmes de santé en Europe. Vieillissement de la population, pénurie de soignants, montée des maladies chroniques : face à ces défis, les débats soulignent un levier essentiel souvent sous-estimé par les politiques publiques. Investir dans la formation et dans les infirmières apparaît désormais comme une condition indispensable pour garantir la sécurité des patients, renforcer les soins primaires et stabiliser les équipes soignantes.
Vieillissement de la population, pénurie d’infirmières, maladies chroniques en hausse : l’Europe fait face à une équation sanitaire inédite. À Parme, lors de la conférence européenne FINE 2026, chercheurs, enseignants et représentants de la profession infirmière débattent d’une question centrale : comment former les infirmières qui feront tenir les systèmes de santé dans les décennies à venir ?
Partout en Europe, les systèmes de santé sont confrontés à des transformations profondes. Face à ces défis, une conviction s’impose : l’avenir des soins dépend largement de la manière dont seront formées les infirmières. C’est précisément l’objet de la conférence européenne FINE Europe 2026, organisée les 5 et 6 mars à l’Université de Parme autour d’un thème explicite : renforcer la formation infirmière pour garantir des soins plus sûrs demain.
Une délégation du Syndicat National des Professionnels Infirmiers (SNPI), membre de la fédération européenne FINE, participe à ces travaux afin de contribuer aux échanges sur l’évolution de la formation et sur l’avenir de la profession infirmière en Europe.
Des défis sanitaires qui redéfinissent les priorités
La conférence s’ouvre sur une analyse sans concession de la situation sanitaire européenne présentée par la conseillère de l’Organisation mondiale de la santé pour les politiques infirmières et de sages-femmes en Europe. Le constat est clair : la région européenne de l’OMS traverse une période de mutation démographique et sanitaire majeure.
Pour la première fois, la population de plus de 65 ans y dépasse celle des moins de 15 ans. Dans le même temps, la proportion de personnes de plus de 85 ans en mauvaise santé augmente fortement, ce qui exerce une pression croissante sur les systèmes de soins.
Les indicateurs de santé publique sont eux aussi préoccupants. La couverture vaccinale reste en dessous des seuils nécessaires à l’immunité collective pour certains vaccins. Le tabagisme demeure particulièrement élevé dans la région, contribuant à l’augmentation des maladies non transmissibles. La santé mentale des jeunes, notamment des filles, se dégrade de manière préoccupante au cours de la vie.
Ces évolutions rappellent une réalité simple : les systèmes de santé devront gérer des besoins plus complexes avec des ressources humaines sous tension.
Les infirmières au cœur de la réponse sanitaire
Dans ce contexte, les infirmières apparaissent comme un pilier central des systèmes de santé. Le Bureau régional de l’OMS pour l’Europe a adopté en 2024 un cadre stratégique pour les personnels de santé, qui place trois priorités au premier plan : retenir les soignants, préparer la prochaine génération et renforcer le leadership professionnel.
Dans de nombreux pays, une part importante des infirmières quitte la profession au cours des cinq premières années d’exercice. Les causes sont bien identifiées : conditions de travail difficiles, manque d’accompagnement, décalage entre la formation et la réalité du terrain.
Pour les experts réunis à Parme, la réponse passe notamment par un investissement plus fort dans la formation et dans l’accompagnement des jeunes professionnels. Le mentorat, les parcours professionnels structurés et la reconnaissance du rôle infirmier constituent des leviers essentiels pour stabiliser les équipes.
Repenser la formation pour répondre aux besoins des patients
Les débats de la conférence montrent également que la formation infirmière doit évoluer pour mieux répondre aux besoins de santé des populations. Plusieurs communications scientifiques portent sur l’intégration du raisonnement clinique, le développement des compétences relationnelles, la simulation pédagogique ou encore l’usage de l’intelligence artificielle dans l’enseignement.
Mais un point revient de manière récurrente : la nécessité de renforcer la place des soins primaires dans la formation. Dans de nombreux programmes, ces compétences restent encore marginales ou confinées à des modules spécifiques. Or, face au vieillissement de la population et à l’augmentation des maladies chroniques, les soins de proximité deviennent un enjeu central.
Les infirmières jouent un rôle clé dans cette transformation : évaluation clinique, coordination des parcours, prévention, accompagnement des patients et des aidants. Pour les intervenants de la conférence, ces compétences doivent être intégrées de manière transversale dans l’ensemble des programmes de formation.
Investir dans les infirmières pour stabiliser les systèmes de santé
Au-delà des questions pédagogiques, les échanges rappellent aussi un enjeu politique majeur : l’investissement dans la profession infirmière. Dans plusieurs pays européens, les données disponibles sur les effectifs infirmiers restent insuffisantes pour planifier correctement les politiques de santé. Cette absence de données fiables contribue à invisibiliser le rôle des infirmières dans les décisions publiques.
Le cadre stratégique européen insiste donc sur la nécessité d’améliorer les systèmes d’information, de mieux suivre les effectifs et d’intégrer les infirmières dans la gouvernance des politiques de santé. Il souligne également l’importance d’une rémunération équitable et d’une reconnaissance professionnelle à la hauteur des responsabilités assumées. Il s’agit désormais de garantir l’attractivité et la durabilité de la profession.
Mais une autre question s’impose progressivement dans les débats européens : celle des ratios de patients par infirmier. De nombreuses études internationales montrent qu’au-delà d’un certain niveau de charge en soins, la sécurité des patients se dégrade. Augmentation de la mortalité hospitalière, infections associées aux soins, erreurs médicamenteuses, réhospitalisations évitables : la littérature scientifique établit un lien direct entre dotation infirmière et qualité des soins.
Les expériences menées dans plusieurs pays, notamment en Amérique du Nord, montrent qu’un encadrement plus strict des ratios contribue à améliorer la sécurité des patients tout en réduisant l’épuisement professionnel des soignants.
Dans un contexte européen marqué par la pénurie de personnels et l’intensification du travail hospitalier, la question n’est donc plus seulement celle du nombre d’infirmières formées. Il s’agit aussi de garantir des conditions d’exercice permettant réellement de soigner. Des équipes suffisamment dimensionnées permettent aux infirmières de consacrer du temps à ce qui constitue le cœur même du soin infirmier : l’observation clinique, à l’éducation des patients, à la coordination des soins et à la prévention des complications.
Investir dans les effectifs, dans l’organisation du travail et dans la reconnaissance professionnelle apparaît ainsi comme une condition indispensable pour stabiliser les équipes et sécuriser les parcours de soins.
L’Europe comme espace de coopération professionnelle
La conférence de Parme illustre enfin l’importance des coopérations européennes dans l’évolution de la profession infirmière. Les échanges permettent de comparer les réformes engagées dans différents pays, d’identifier les innovations pédagogiques et de partager les expériences réussies.
Pour le SNPI, membre de FINE, cette participation s’inscrit dans une démarche de dialogue européen visant à renforcer la place des infirmières dans les politiques de santé et dans la gouvernance des systèmes de soins.
Ces rencontres rappellent que les défis auxquels les soignants sont confrontés dépassent largement les frontières nationales. La pénurie de personnel, l’évolution des besoins de santé et la transformation des organisations de soins concernent l’ensemble des pays européens.
Préparer la prochaine génération de soignants
Au fond, le message qui se dégage des discussions de Parme est simple. L’avenir des systèmes de santé dépendra largement de la capacité des pays européens à former, accompagner et fidéliser la prochaine génération d’infirmières.
Cela suppose de repenser la formation, de renforcer le tutorat et de donner aux jeunes professionnels les moyens d’exercer pleinement leurs compétences. Car derrière les débats académiques se joue une question essentielle : garantir l’accès à des soins sûrs et de qualité pour les populations européennes.
Et sur ce point, les experts réunis à Parme sont unanimes. Sans infirmières suffisamment nombreuses, bien formées et reconnues, aucun système de santé ne pourra répondre durablement aux défis sanitaires des prochaines décennies.