Croix-Saint-Simon : quand sauver des comptes menace de briser des vies

4 mai 2026

Un plan de ces­sion pour éviter la liqui­da­tion. Sur le papier, la déci­sion peut sem­bler ration­nelle. Sur le ter­rain, elle pose une ques­tion simple : peut-on restruc­tu­rer un acteur de santé et du médico-social sans frac­tu­rer des mil­liers de par­cours de vie ?

La Fondation Œuvre de la Croix-Saint-Simon n’est pas une struc­ture comme les autres. Depuis plus de 120 ans, elle accom­pa­gne les plus vul­né­ra­bles, de la nais­sance à la fin de vie. Aujourd’hui, elle est placée en redres­se­ment judi­ciaire, avec un plan de ces­sion glo­bale engagé pour « pré­ser­ver le maxi­mum des emplois » .

Mais der­rière cette for­mu­la­tion, une réa­lité plus bru­tale se des­sine. Ce sont 66 struc­tu­res, près de 1 800 sala­riés, et plus de 100 000 usa­gers par an qui sont concer­nés. Des crè­ches, des cen­tres de santé, un hôpi­tal à domi­cile, des ser­vi­ces pour per­son­nes âgées, des for­ma­tions. Un écosystème entier, cons­truit dans la durée, ancré dans les ter­ri­toi­res.

Et pourtant, tout peut disparaître ou être fragmenté.

Le tract inter­syn­di­cal est sans ambi­guïté : refus des fer­me­tu­res, du déman­tè­le­ment acti­vité par acti­vité, des sup­pres­sions de postes et des rup­tu­res de par­cours pour les publics accom­pa­gnés .

Car c’est bien là que se situe l’enjeu. Ce qui est en jeu, ce ne sont pas seu­le­ment des struc­tu­res. Ce sont des conti­nui­tés de soins, des liens humains, des repè­res pour des famil­les, des patients, des enfants.

Or, la lit­té­ra­ture inter­na­tio­nale est claire : la conti­nuité des soins est un déter­mi­nant majeur de la qua­lité et de la sécu­rité des prises en charge (OMS, OCDE). La rompre, c’est aug­men­ter les ris­ques de com­pli­ca­tions, de renon­ce­ments aux soins, voire d’hos­pi­ta­li­sa­tions évitables.

Dans un sys­tème déjà sous ten­sion, peut-on se per­met­tre une telle rup­ture ?

Une crise révélatrice des fragilités structurelles

La situa­tion de la Fondation ne tombe pas du ciel. Elle s’ins­crit dans un contexte plus large. Depuis plu­sieurs années, les acteurs sani­tai­res et médico-sociaux, en par­ti­cu­lier non lucra­tifs, font face à une équation impos­si­ble : hausse des char­ges, finan­ce­ments insuf­fi­sants, com­plexi­fi­ca­tion des prises en charge. Le com­mu­ni­qué évoque clai­re­ment ces ten­sions struc­tu­rel­les, aggra­vées depuis 2023 .

Ce modèle à bout de souf­fle inter­roge. Selon la DREES et l’IGAS, les besoins en soins et en accom­pa­gne­ment pro­gres­sent plus vite que les moyens alloués. Le vieillis­se­ment de la popu­la­tion, l’aug­men­ta­tion des mala­dies chro­ni­ques et les iné­ga­li­tés socia­les ren­for­cent la pres­sion sur ces struc­tu­res.

Résultat : ce sont sou­vent les acteurs de proxi­mité, ceux qui tien­nent au quo­ti­dien, qui vacillent en pre­mier. Et avec eux, c’est toute la chaîne de soins qui se fra­gi­lise.

Des soignants en première ligne, mais invisibilisés

Dans cette crise, les soi­gnants res­tent fidè­les à leur enga­ge­ment. Les équipes sont là. Les soins conti­nuent. Les accom­pa­gne­ments se pour­sui­vent chaque jour. Cette conti­nuité silen­cieuse mérite d’être sou­li­gnée.

Mais elle ne peut pas mas­quer l’inquié­tude.

Car der­rière la ques­tion des struc­tu­res, il y a celle des femmes et des hommes qui soi­gnent. La dis­pa­ri­tion ou la frag­men­ta­tion des acti­vi­tés signi­fie­rait des pertes d’emplois mas­si­ves dans des sec­teurs déjà en ten­sion. La France manque de soi­gnants. Peut-elle se per­met­tre d’en perdre davan­tage ?

Au-delà de l’emploi, c’est aussi une perte de sens. Les soi­gnants ne tra­vaillent pas à la chaîne. Ils s’ins­cri­vent dans des par­cours, dans des rela­tions, dans une éthique du soin. Démanteler ces orga­ni­sa­tions, c’est fra­gi­li­ser cette cohé­rence.

Eviter une décision irréversible

Le pro­ces­sus en cours n’est pas encore achevé. Des repre­neurs peu­vent se mani­fes­ter. Des choix res­tent pos­si­bles. Mais le calen­drier est serré. Et les déci­sions à venir seront déter­mi­nan­tes.

Les orga­ni­sa­tions syn­di­ca­les, les usa­gers, les par­te­nai­res et les citoyens por­tent une demande claire : main­te­nir les acti­vi­tés, pro­té­ger les emplois, cons­truire des solu­tions de reprise cohé­ren­tes et dura­bles.

Cela sup­pose un enga­ge­ment fort des pou­voirs publics. État, Agence régio­nale de santé, col­lec­ti­vi­tés ter­ri­to­ria­les : tous ont un rôle à jouer. Non pas pour sauver une struc­ture à tout prix, mais pour pré­ser­ver ce qu’elle incarne : un accès aux soins de proxi­mité, une conti­nuité des accom­pa­gne­ments, une réponse aux besoins des plus fra­gi­les.

Chacun peut agir à son niveau. Voici le lien de la péti­tion de sou­tien que vous pouvez signer, et dif­fu­ser à vos pro­ches : https://www.change.org/sau­vons-croix-saint-simon
 Signer, c’est sou­te­nir des soi­gnants, des enfants, des famil­les.
 Partager, c’est rendre visi­ble ce qui risque de dis­pa­raî­tre dans le silence.

Cette situa­tion dépasse le cas de la Croix-Saint-Simon. Elle pose une ques­tion poli­ti­que majeure : quelle place vou­lons-nous donner aux struc­tu­res de proxi­mité dans notre sys­tème de santé ?

Si chaque crise se solde par des ces­sions, des fer­me­tu­res ou des frag­men­ta­tions, alors c’est un modèle entier qui s’efface pro­gres­si­ve­ment. À l’inverse, sou­te­nir ces acteurs, c’est inves­tir dans la pré­ven­tion, la coor­di­na­tion, l’accès aux soins. C’est éviter des coûts humains et finan­ciers bien plus lourds à long terme.

100.000 usa­gers, 1 800 sala­riés. Ce n’est pas un dos­sier parmi d’autres. C’est un test.

Un test de notre capa­cité col­lec­tive à pro­té­ger ce qui compte vrai­ment : la conti­nuité du soin, la dignité des per­son­nes, et l’enga­ge­ment de celles et ceux qui les accom­pa­gnent.

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