Arrêté formation infirmière 2026 : une réforme pour adapter les compétences

25 février 2026

Le nouvel arrêté formation infirmière du 20.02.26 actualise enfin le référentiel de 2009 pour mieux répondre aux besoins de santé de la population. Compétences renforcées, prévention, coordination et raisonnement clinique : la réforme modernise la formation.

Pendant plus de quinze ans, la for­ma­tion infir­mière s’est appuyée sur le réfé­ren­tiel de 2009. Un cadre solide, mais pro­gres­si­ve­ment déconnecté de la réa­lité des soins : vieillis­se­ment de la popu­la­tion, mala­dies chro­ni­ques, soins à domi­cile, numé­ri­que, coor­di­na­tion inter­pro­fes­sion­nelle. Un infir­mier sur deux jugeait d’ailleurs ce réfé­ren­tiel « déphasé » par rap­port au ter­rain. La publi­ca­tion de l’arrêté for­ma­tion, qui entrera en vigueur à la ren­trée 2026, marque donc une étape struc­tu­rante pour ali­gner la for­ma­tion sur les com­pé­ten­ces désor­mais reconnues par la loi et les décrets récents.

Au-delà d’une simple mise à jour péda­go­gi­que, l’Arrêté du 20 février 2026 "rela­tif au diplôme d’Etat d’infir­mier" cons­ti­tue un levier d’adap­ta­tion du sys­tème de soins aux besoins de la popu­la­tion.
https://www.legi­france.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000053568913?date­Pu­bli=

Une réforme rendue indispensable par l’évolution des besoins de santé

Le réfé­ren­tiel cons­ti­tue la colonne ver­té­brale des études en soins infir­miers : com­pé­ten­ces atten­dues, conte­nus, stages et moda­li­tés d’évaluation. Depuis 2009, les pra­ti­ques ont pro­fon­dé­ment évolué. L’essor des prises en charge com­plexes, la télé­santé, l’exer­cice coor­donné ou encore la montée en charge de la pré­ven­tion ont créé un déca­lage crois­sant entre for­ma­tion et réa­lité cli­ni­que.

La réforme vise ainsi à actua­li­ser les conte­nus théo­ri­ques et cli­ni­ques, ren­for­cer l’auto­no­mie déci­sion­nelle et mieux arti­cu­ler for­ma­tion uni­ver­si­taire et ter­rains de stage. Elle valo­rise aussi l’appro­che glo­bale de la per­sonne et la rela­tion soi­gnant-soigné, au cœur de la qua­lité des soins.

Cette logi­que rejoint les ana­ly­ses por­tées par les orga­ni­sa­tions pro­fes­sion­nel­les : former des soi­gnants capa­bles de répon­dre à des par­cours de santé frag­men­tés, à des situa­tions chro­ni­ques et à une demande crois­sante de proxi­mité.

Un socle maintenu, mais enrichi pour gagner en pertinence clinique

L’arrêté confirme la struc­ture licence en trois ans, 180 ECTS et alter­nance théo­rie-cli­ni­que. Mais le volume global est ren­forcé : la for­ma­tion passe de 4.200 heures à 4.620 heures, répar­ties comme suit :
 2 310 heures d’ensei­gne­ment cli­ni­que ;
 1 890 heures d’ensei­gne­ment et d’enca­dre­ment péda­go­gi­que ;
 420 heures de tra­vail d’appro­pria­tion des connais­san­ces en auto­no­mie.

Ce choix péda­go­gi­que répond à une attente forte : ancrer la for­ma­tion dans le rai­son­ne­ment cli­ni­que et l’expé­rience de ter­rain. La réforme pri­vi­lé­gie une pro­gres­sion plus lisi­ble des com­pé­ten­ces, inté­grant savoirs scien­ti­fi­ques, réflexi­vité et ana­lyse de situa­tions com­plexes.

Le nou­veau réfé­ren­tiel s’ins­crit dans une for­ma­tion par com­pé­ten­ces plus cli­ni­que et plus uni­ver­si­taire. Il pré­pare les futurs infir­miers à des mis­sions élargies : coor­di­na­tion des par­cours, pré­ven­tion struc­tu­rée, uti­li­sa­tion des outils numé­ri­ques et par­ti­ci­pa­tion à la recher­che.

Plusieurs évolutions répon­dent direc­te­ment aux besoins de la popu­la­tion :
 Renforcement de la pré­ven­tion et de la santé publi­que, indis­pen­sa­ble face au poids des mala­dies chro­ni­ques et du vieillis­se­ment.
 Développement de la coor­di­na­tion et du tra­vail en équipe, cohé­rent avec l’essor des par­cours com­plexes et de l’exer­cice coor­donné.
 Intégration du numé­ri­que en santé, désor­mais incontour­na­ble dans le suivi et l’éducation thé­ra­peu­ti­que.
 Approche glo­bale et rela­tion­nelle, réaf­fir­mant la place de la per­sonne et de ses pro­ches dans le soin.

Des stages obli­ga­toi­res en psy­chia­trie et en pédia­trie sont également prévus, afin de mieux pré­pa­rer les futurs diplô­més à la diver­sité des besoins popu­la­tion­nels.

Une formation en cohérence avec les nouvelles compétences infirmières

La réforme ne peut se com­pren­dre qu’à la lumière de l’évolution légis­la­tive récente. Les décrets d’exer­cice ont élargi les domai­nes d’inter­ven­tion infir­miers, ouvrant notam­ment la voie à la consul­ta­tion infir­mière et à la pres­crip­tion dans cer­tains champs.

L’arrêté for­ma­tion vise donc à pré­pa­rer les étudiants à ces nou­vel­les res­pon­sa­bi­li­tés : évaluation cli­ni­que, rai­son­ne­ment déci­sion­nel, orien­ta­tion des patients et suivi des par­cours. La for­ma­tion doit ainsi anti­ci­per les péri­mè­tres d’auto­no­mie défi­nis par les textes régle­men­tai­res à venir.

L’enjeu est popu­la­tion­nel. La réforme vise expli­ci­te­ment à mieux pré­pa­rer les futurs infir­miers aux besoins émergents  : santé men­tale, mala­dies chro­ni­ques, vieillis­se­ment, pré­ven­tion et soins de proxi­mité.

Elle répond aussi à la trans­for­ma­tion des lieux de soins. L’aug­men­ta­tion des prises en charge à domi­cile et en ambu­la­toire exige des soi­gnants capa­bles d’auto­no­mie, de coor­di­na­tion et d’éducation à la santé.

En ren­for­çant la dimen­sion scien­ti­fi­que et la capa­cité d’ana­lyse, la réforme favo­rise également l’essor des scien­ces infir­miè­res et la dif­fu­sion de pra­ti­ques fon­dées sur les preu­ves, indis­pen­sa­bles pour amé­lio­rer la qua­lité et l’effi­cience du sys­tème.

Des points de vigilance pour une réforme pleinement opérationnelle

Si l’arrêté cons­ti­tue une avan­cée majeure, plu­sieurs condi­tions condi­tion­ne­ront son impact réel. Les orga­ni­sa­tions sou­li­gnent la néces­sité d’un accom­pa­gne­ment péda­go­gi­que, de moyens pour la simu­la­tion et l’enca­dre­ment cli­ni­que.

La réus­site de la réforme dépen­dra également de la capa­cité à pré­ser­ver l’équilibre entre uni­ver­si­ta­ri­sa­tion et ancrage cli­ni­que, afin d’éviter une for­ma­tion trop théo­ri­que ou déconnec­tée des pra­ti­ques.

Dans une for­ma­tion où les stages repré­sen­tent la moitié du cursus, le com­pa­gnon­nage cons­ti­tue bien plus qu’une moda­lité péda­go­gi­que. Il est un mode de trans­mis­sion pro­fes­sion­nel fondé sur l’obser­va­tion, l’imi­ta­tion guidée, la pra­ti­que pro­gres­sive et le retour réflexif. Au lit du patient, l’étudiant apprend non seu­le­ment des gestes tech­ni­ques, mais aussi la pos­ture rela­tion­nelle, l’éthique du soin, la prio­ri­sa­tion et le rai­son­ne­ment cli­ni­que. Ce savoir expé­rien­tiel, sou­vent impli­cite, ne se trans­met ni dans les amphi­théâ­tres ni dans les manuels. Il se cons­truit dans la rela­tion entre l’étudiant et le soi­gnant expé­ri­menté, dans le temps par­tagé et la confiance pro­gres­sive.

Le com­pa­gnon­nage et le tuto­rat per­met­tent de trans­for­mer l’expé­rience en appren­tis­sage réflexif, condi­tion indis­pen­sa­ble pour déve­lop­per le juge­ment cli­ni­que. Sans enca­dre­ment de qua­lité, la den­si­fi­ca­tion de la for­ma­tion risque de se tra­duire par une accu­mu­la­tion d’expé­rien­ces sans réelle appro­pria­tion. Les étudiants ont besoin d’un accom­pa­gne­ment régu­lier pour com­pren­dre leurs réus­si­tes, iden­ti­fier leurs marges de pro­gres­sion et main­te­nir leur moti­va­tion. Les tuteurs ont besoin d’un temps dédié, et d’une reconnais­sance sala­riale de leur enga­ge­ment. Investir dans le tuto­rat, c’est sécu­ri­ser les appren­tis­sa­ges et ren­for­cer la qua­lité des soins.

Une réforme inachevée pour préparer l’infirmière de demain

Si l’actua­li­sa­tion du réfé­ren­tiel cons­ti­tue une avan­cée atten­due, elle laisse ouverte une ques­tion struc­tu­rante : la durée des études. Le gou­ver­ne­ment a fait le choix de main­te­nir un cursus sur trois ans, malgré les pro­po­si­tions d’allon­ge­ment à quatre ans por­tées par une grande partie de la pro­fes­sion et de la com­mu­nauté aca­dé­mi­que.

Dans le même temps, la réforme porte le volume global de for­ma­tion à 4 620 heures, afin de se confor­mer aux exi­gen­ces euro­péen­nes fixées par la direc­tive rela­tive à la reconnais­sance des qua­li­fi­ca­tions pro­fes­sion­nel­les. Cette hausse, indis­pen­sa­ble sur le plan régle­men­taire, se tra­duit concrè­te­ment par une den­si­fi­ca­tion du cursus sur une durée inchan­gée.

Ce choix inter­roge. Dans la majo­rité des pays euro­péens la for­ma­tion infir­mière s’ins­crit désor­mais dans des par­cours de quatre ans, per­met­tant un appro­fon­dis­se­ment scien­ti­fi­que, cli­ni­que et réflexif plus pro­gres­sif. L’hypo­thèse d’un allon­ge­ment avait d’ailleurs été évoquée dans les débats légis­la­tifs récents, signe d’un consen­sus émergent sur la néces­sité de ren­for­cer la for­ma­tion ini­tiale.

La consé­quence est péda­go­gi­que et humaine. Concentrer plus de 4 600 heures sur trois ans signi­fie un rythme par­ti­cu­liè­re­ment intense pour les étudiants, entre ensei­gne­ments, stages, évaluations et tra­vail per­son­nel. À titre de com­pa­rai­son, la plu­part des licen­ces uni­ver­si­tai­res en scien­ces ou let­tres tota­li­sent envi­ron 1 500 à 1 800 heures d’ensei­gne­ment enca­dré sur la même durée, lais­sant davan­tage de place à l’appro­pria­tion des savoirs et à la matu­ra­tion des com­pé­ten­ces.

Cette den­si­fi­ca­tion nour­rit un risque bien iden­ti­fié par les acteurs de ter­rain : fati­gue, stress, dif­fi­cultés de conci­lia­tion avec la vie per­son­nelle et sen­ti­ment de pres­sion per­ma­nente. Or la qua­lité de la for­ma­tion dépend aussi de la capa­cité des étudiants à appren­dre, réflé­chir et déve­lop­per leur rai­son­ne­ment cli­ni­que dans des condi­tions sou­te­na­bles.

La réforme marque donc une étape impor­tante, mais elle illus­tre aussi les limi­tes d’une trans­for­ma­tion menée à durée cons­tante. Former l’infir­mière de demain exige non seu­le­ment de nou­veaux conte­nus, mais aussi du temps pour appren­dre, ana­ly­ser et cons­truire une iden­tité pro­fes­sion­nelle solide.

Une étape décisive pour l’avenir de la profession et du système de soins

La publi­ca­tion de l’arrêté for­ma­tion marque la fin d’une longue attente. Elle tra­duit une ambi­tion : former des infir­miers capa­bles de répon­dre à des besoins de santé plus com­plexes, plus ter­ri­to­ria­li­sés et plus pré­ven­tifs.

En actua­li­sant les conte­nus, en ren­for­çant le rai­son­ne­ment cli­ni­que et en inté­grant les enjeux de coor­di­na­tion, la réforme rap­pro­che la for­ma­tion des réa­li­tés du ter­rain. Elle cons­ti­tue ainsi un levier majeur pour amé­lio­rer l’accès aux soins, la qua­lité des prises en charge et la per­ti­nence des par­cours.

Reste désor­mais à tra­duire cette ambi­tion en pra­ti­ques péda­go­gi­ques concrè­tes. Car la for­ma­tion ini­tiale ne façonne pas seu­le­ment des com­pé­ten­ces : elle condi­tionne la capa­cité du sys­tème de santé à répon­dre aux défis de demain.

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