Le pouvoir d’agir des infirmières sauve des vies #JII2026

Le pouvoir d’agir des infirmières sauve des vies #JII2026

11 mai 2026

Le monde manque d’infir­miè­res. Mais le pro­blème n’est plus seu­le­ment quan­ti­ta­tif. Il est aussi poli­ti­que. Partout, les sys­tè­mes de santé deman­dent davan­tage aux équipes infir­miè­res : plus de pré­ven­tion, plus de coor­di­na­tion, plus d’accom­pa­gne­ment des mala­dies chro­ni­ques, plus de santé men­tale, plus d’éducation à la santé, plus de suivi à domi­cile. Pourtant, dans le même temps, les soi­gnants conti­nuent trop sou­vent d’exer­cer avec des moyens limi­tés, une auto­no­mie incom­plète et une reconnais­sance insuf­fi­sante.

Pour la Journée inter­na­tio­nale des infir­miè­res 2026, le Conseil International des Infirmières choi­sit un thème par­ti­cu­liè­re­ment fort : « Nos infir­miè­res. Notre futur. Le pou­voir d’agir des infir­miè­res sauve des vies. »

Ce choix n’est pas sym­bo­li­que. Il cons­ti­tue un aver­tis­se­ment adressé aux déci­deurs publics du monde entier. Car les infir­miè­res ne deman­dent pas des pri­vi­lè­ges. Elles deman­dent les moyens d’exer­cer plei­ne­ment leur rôle au ser­vice de la popu­la­tion.

Une profession au cœur des crises sanitaires

Pandémies, vieillis­se­ment, explo­sion des mala­dies chro­ni­ques, déser­ti­fi­ca­tion médi­cale, crise de la santé men­tale, pré­ca­rité sociale, enjeux envi­ron­ne­men­taux : les sys­tè­mes de santé sont confron­tés à des défis simul­ta­nés d’une ampleur iné­dite.

Et dans cha­cune de ces crises, les infir­miè­res sont en pre­mière ligne.
Elles assu­rent les soins directs.
Elles détec­tent les aggra­va­tions.
Elles coor­don­nent les par­cours.
Elles pré­vien­nent les com­pli­ca­tions.
Elles accom­pa­gnent les famil­les.
Elles sou­tien­nent les per­son­nes vul­né­ra­bles.
Elles main­tien­nent sou­vent le der­nier lien humain du sys­tème de santé.

Pourtant, cette réa­lité reste encore insuf­fi­sam­ment tra­duite dans les orga­ni­sa­tions, les finan­ce­ments et les poli­ti­ques publi­ques. Le mes­sage porté par le CII est clair : inves­tir dans le pou­voir d’agir infir­mier n’est pas une dépense sup­plé­men­taire. C’est une condi­tion de survie des sys­tè­mes de santé.

Le pouvoir d’agir infirmier n’est pas un slogan

Le terme peut sem­bler abs­trait. Il ne l’est pas. Le pou­voir d’agir des infir­miè­res signi­fie concrè­te­ment :
 dis­po­ser d’effec­tifs suf­fi­sants ;
 avoir du temps pour soi­gner ;
 par­ti­ci­per aux déci­sions ;
 exer­cer plei­ne­ment son rai­son­ne­ment cli­ni­que ;
 pou­voir orien­ter rapi­de­ment les patients ;
 déve­lop­per la consul­ta­tion infir­mière ;
 agir en pré­ven­tion ;
 accé­der à des com­pé­ten­ces avan­cées ;
 être formé et pro­tégé ;
 tra­vailler dans des orga­ni­sa­tions qui reconnais­sent l’exper­tise infir­mière.

Lorsqu’une infir­mière doit gérer trop de patients, inter­rom­pre sans cesse ses soins, courir après le temps ou com­pen­ser les défaillan­ces du sys­tème, c’est tout le poten­tiel de la pro­fes­sion qui est empê­ché.

À l’inverse, lors­que les équipes dis­po­sent de condi­tions de tra­vail adap­tées, les résul­tats sont connus. La lit­té­ra­ture scien­ti­fi­que inter­na­tio­nale montre qu’avoir des ratios cor­rects de patients par infir­mière réduit la mor­ta­lité, les com­pli­ca­tions, les réhos­pi­ta­li­sa­tions et les événements indé­si­ra­bles. Les tra­vaux de Organisation mon­diale de la Santé, de l’Organisation de coo­pé­ra­tion et de déve­lop­pe­ment économiques ou encore du CII conver­gent depuis des années : les infir­miè­res cons­ti­tuent l’un des inves­tis­se­ments les plus ren­ta­bles en santé publi­que.

Sauver des vies… mais aussi les économies

Le CII insiste cette année sur un point essen­tiel : pren­dre soin des infir­miè­res ren­force aussi les économies.

C’est un chan­ge­ment majeur de dis­cours. Pendant long­temps, les dépen­ses de per­son­nel ont été regar­dées uni­que­ment comme des coûts à conte­nir. Cette logi­que atteint aujourd’hui ses limi­tes. Les pénu­ries de soi­gnants désor­ga­ni­sent les établissements, aggra­vent les fer­me­tu­res de lits, allon­gent les délais de prise en charge et aug­men­tent les pertes de chance pour les patients.

Le sous-inves­tis­se­ment infir­mier coûte déjà extrê­me­ment cher.
Il coûte en hos­pi­ta­li­sa­tions évitables.
Il coûte en com­pli­ca­tions.
Il coûte en absen­téisme.
Il coûte en épuisement pro­fes­sion­nel.
Il coûte en départs de la pro­fes­sion.
Il coûte en renon­ce­ments aux soins.

À l’inverse, ren­for­cer les équipes infir­miè­res amé­liore la conti­nuité des soins, réduit les com­pli­ca­tions et favo­rise une prise en charge plus pré­coce.

Le rap­port du CII sur « La puis­sance économique du soin » rap­pelle une réa­lité trop sou­vent oubliée : la pro­fes­sion infir­mière ne cons­ti­tue pas seu­le­ment une réponse sani­taire. Elle est aussi un levier de sta­bi­lité sociale, économique et ter­ri­to­riale.

La prévention : le grand chantier du XXIe siècle

La Journée inter­na­tio­nale des infir­miè­res 2026 rap­pelle également une évidence : les sys­tè­mes de santé ne pour­ront pas répon­dre aux défis futurs uni­que­ment par l’hôpi­tal.

La pré­ven­tion devient cen­trale. Or les infir­miè­res occu­pent une place stra­té­gi­que dans ce domaine. Elles inter­vien­nent dans les écoles, les entre­pri­ses, les PMI, les struc­tu­res médico-socia­les, les ser­vi­ces hos­pi­ta­liers, les lieux de vie, les quar­tiers prio­ri­tai­res, les cam­pa­gnes de vac­ci­na­tion, les actions d’éducation thé­ra­peu­ti­que ou encore la santé envi­ron­ne­men­tale.

Elles sont sou­vent les soi­gnants les plus acces­si­bles de la popu­la­tion. Cette proxi­mité change tout. Parce qu’une pré­ven­tion effi­cace ne repose pas seu­le­ment sur des cam­pa­gnes natio­na­les. Elle repose sur la confiance. Sur la rela­tion. Sur la capa­cité à repé­rer pré­co­ce­ment les fra­gi­li­tés. Sur l’accom­pa­gne­ment dans la durée.

Les infir­miè­res voient concrè­te­ment les consé­quen­ces sani­tai­res de la pré­ca­rité, de l’iso­le­ment, de la pol­lu­tion, des per­tur­ba­teurs endo­cri­niens, de la mau­vaise ali­men­ta­tion ou du renon­ce­ment aux soins.

Le déve­lop­pe­ment des appro­ches éco-infir­miè­res illus­tre d’ailleurs cette évolution pro­fonde de la pro­fes­sion. Santé humaine et santé envi­ron­ne­men­tale sont désor­mais étroitement liées.

Des systèmes de santé encore trop centrés sur la réparation

Le para­doxe est connu. Tout le monde reconnaît le rôle essen­tiel des infir­miè­res. Mais les orga­ni­sa­tions res­tent sou­vent cons­trui­tes autour d’une logi­que hié­rar­chi­que ancienne, cen­trée sur la répa­ra­tion plus que sur la pré­ven­tion. Dans de nom­breux pays, les infir­miè­res dis­po­sent encore d’une auto­no­mie limi­tée malgré un haut niveau de com­pé­ten­ces.

Pourtant, les expé­rien­ces inter­na­tio­na­les démon­trent qu’un accès plus direct aux infir­miè­res amé­liore l’accès aux soins, notam­ment dans les ter­ri­toi­res sous-dotés. Consultations infir­miè­res, suivi des mala­dies chro­ni­ques, santé sco­laire, santé men­tale, pré­ven­tion car­dio­vas­cu­laire, accom­pa­gne­ment des per­son­nes âgées, coor­di­na­tion des par­cours : les exem­ples se mul­ti­plient.

"La France elle-même com­mence à évoluer avec la loi infir­mière de 2025 et les tra­vaux enga­gés autour de la consul­ta­tion infir­mière, du diag­nos­tic infir­mier ou encore de l’accès direct expé­ri­men­tal. Mais les textes ne suf­fi­ront pas. Sans moyens humains, sans ratios soi­gnants adap­tés, sans reconnais­sance du rai­son­ne­ment cli­ni­que infir­mier et sans amé­lio­ra­tion des condi­tions de tra­vail, les ambi­tions res­te­ront théo­ri­ques." alerte Thierry Amouroux, porte-parole du Syndicat National des Professionnels Infirmiers SNPI.

Le pouvoir d’agir commence aussi par la protection des soignants

On ne peut pas deman­der aux infir­miè­res de sauver un sys­tème qui les épuise. La crise actuelle de fidé­li­sa­tion n’est pas un pro­blème indi­vi­duel d’enga­ge­ment ou de moti­va­tion. Elle révèle un désé­qui­li­bre struc­tu­rel.

Quand les équipes tra­vaillent en sous-effec­tif chro­ni­que, quand les horai­res devien­nent incom­pa­ti­bles avec une vie per­son­nelle stable, quand la vio­lence aug­mente, quand les inter­rup­tions per­ma­nen­tes empê­chent de bien soi­gner, le risque est double : épuiser les soi­gnants et fra­gi­li­ser les patients.

Le CII rap­pelle donc que pro­té­ger les infir­miè­res cons­ti­tue une prio­rité de santé publi­que. Cela impli­que :
 des effec­tifs suf­fi­sants ;
 des salai­res attrac­tifs ;
 des pers­pec­ti­ves de car­rière ;
 un accès à la for­ma­tion ;
 une meilleure santé au tra­vail ;
 une poli­ti­que ambi­tieuse de fidé­li­sa­tion.

Car der­rière chaque départ infir­mier, ce sont des com­pé­ten­ces, de l’expé­rience et de la sécu­rité des soins qui dis­pa­rais­sent.

Une journée qui doit devenir un engagement politique

La Journée inter­na­tio­nale des infir­miè­res ne peut pas se limi­ter à des mes­sa­ges de remer­cie­ments ou à des cam­pa­gnes de com­mu­ni­ca­tion. Le véri­ta­ble hom­mage rendu aux infir­miè­res consiste à trans­for­mer les sys­tè­mes de santé pour leur per­met­tre d’exer­cer plei­ne­ment leur rôle.

Le mes­sage du CII est fina­le­ment simple : lors­que les infir­miè­res dis­po­sent du pou­voir d’agir, les patients vivent plus long­temps, les soins sont plus acces­si­bles et les sys­tè­mes de santé devien­nent plus soli­des.

Le futur des sys­tè­mes de santé dépen­dra lar­ge­ment de cette capa­cité à reconnaî­tre enfin la pro­fes­sion infir­mière comme une force stra­té­gi­que de santé publi­que.

Parce qu’une société qui affai­blit ses infir­miè­res affai­blit sa capa­cité à pro­té­ger sa popu­la­tion. Et parce qu’à l’inverse, inves­tir dans les infir­miè­res revient tou­jours à inves­tir dans la vie.

#JII2026 #No­sin­fir­miè­res­No­tre­Fu­tur

Pour en savoir plus :
 https://www.icn.ch/fr/actua­li­tes/appel-du-cii-pour-la-jour­nee-inter­na­tio­nale-des-infir­mie­res-2026-le-pou­voir-dagir-des
 https://www.icn.ch/fr/nos-actions/cam­pa­gnes/jour­nee-inter­na­tio­nale-des-infir­mie­res

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