Mortalité infantile : l’IGAS alerte, le SNPI propose d’agir avec les infirmières

Mortalité infantile : l’IGAS alerte, le SNPI propose d’agir avec les infirmières

6 août 2026

Pendant des années, le débat sur la péri­na­ta­lité s’est résumé à une ques­tion : faut-il fermer ou main­te­nir les mater­ni­tés ? Le rap­port que vient de publier l’Inspection géné­rale des affai­res socia­les (IGAS) change pro­fon­dé­ment la pers­pec­tive.

Son cons­tat est clair : la dégra­da­tion de la santé péri­na­tale fran­çaise ne s’expli­que pas seu­le­ment par la carte des mater­ni­tés. Elle résulte d’abord d’un ensem­ble de fac­teurs démo­gra­phi­ques, sociaux, envi­ron­ne­men­taux et orga­ni­sa­tion­nels qui exi­gent une véri­ta­ble poli­ti­que de santé publi­que.

Pour le SNPI, cette évolution est majeure. Elle rejoint ce que nous défen­dons depuis plu­sieurs années : la réponse ne consiste pas uni­que­ment à débat­tre des pla­teaux tech­ni­ques. Elle consiste sur­tout à mieux accom­pa­gner les femmes, les enfants et les famil­les avant, pen­dant et après la nais­sance.

Sur ce point, le rap­port marque une avan­cée impor­tante.

Une crise sanitaire qui ne peut plus être minimisée

Les chif­fres sont désor­mais connus. Après avoir long­temps figuré parmi les meilleurs élèves euro­péens, la France connaît une remon­tée conti­nue de la mor­ta­lité infan­tile depuis 2011. Elle est passée de 3,5 ‰ à 4,1 ‰ en 2024.

L’IGAS estime que si notre pays avait aujourd’hui les résul­tats moyens de l’Union euro­péenne, plus de 500 décès d’enfants pour­raient être évités chaque année. Avec les per­for­man­ces de pays comme le Portugal ou l’Italie, ce sont plus de 1 000 décès qui auraient pu être évités.

Ces chif­fres impo­sent un chan­ge­ment de para­digme.

La France cumule les mêmes déterminants que ses voisins, mais elle seule inverse la tendance

Le rap­port sou­li­gne une sin­gu­la­rité fran­çaise par­ti­cu­liè­re­ment préoc­cu­pante. Les fac­teurs asso­ciés à la mor­ta­lité infan­tile ne sont pas pro­pres à notre pays. Le recul de l’âge de la mater­nité, l’aug­men­ta­tion du sur­poids et des patho­lo­gies chro­ni­ques, la pré­ca­rité, les migra­tions, les iné­ga­li­tés socia­les ou encore la pro­gres­sion des gros­ses­ses à risque concer­nent également nos voi­sins euro­péens.

Pourtant, dans la plu­part de ces pays, la mor­ta­lité infan­tile conti­nue de dimi­nuer. En 2024, son taux s’établissait à 3,3 pour 1 000 nais­san­ces vivan­tes en moyenne dans l’Union euro­péenne, contre 4,1 pour 1 000 en France. Surtout, alors que la tra­jec­toire euro­péenne pour­suit sa baisse, même ralen­tie, la France connaît depuis 2011 une remon­tée de la mor­ta­lité néo­na­tale qui la sin­gu­la­rise parmi des pays dis­po­sant d’un niveau de déve­lop­pe­ment scien­ti­fi­que, médi­cal, économique et social com­pa­ra­ble.

Cette com­pa­rai­son inter­dit de pré­sen­ter les évolutions démo­gra­phi­ques ou socia­les comme une fata­lité. Les déter­mi­nants sont lar­ge­ment par­ta­gés. Ce qui dis­tin­gue les pays, c’est leur capa­cité à les anti­ci­per, à en réduire les effets et à pro­té­ger prio­ri­tai­re­ment les popu­la­tions les plus expo­sées.

Le véri­ta­ble enjeu se situe dans la soli­dité de la pré­ven­tion, l’accès pré­coce aux soins, le repé­rage des fra­gi­li­tés, la conti­nuité du suivi, la qua­lité des soins néo­na­tals et la capa­cité à aller vers les femmes qui res­tent éloignées du sys­tème de santé.

La situa­tion fran­çaise tra­duit donc moins une accu­mu­la­tion excep­tion­nelle de fac­teurs de risque qu’une insuf­fi­sante capa­cité col­lec­tive à leur appor­ter une réponse pré­coce, coor­don­née et pro­por­tion­née. Le rap­port rap­pelle d’ailleurs que les iné­ga­li­tés se sont creu­sées : entre 2015 et 2020, la mor­ta­lité néo­na­tale a aug­menté exclu­si­ve­ment dans les ter­ri­toi­res les plus défa­vo­ri­sés, tandis qu’elle res­tait stable dans les zones les plus favo­ri­sées.

Ce cons­tat ren­force la pro­po­si­tion du SNPI : la France peut amé­lio­rer ses résul­tats en mobi­li­sant beau­coup plus for­te­ment les pro­fes­sion­nels de proxi­mité. Les infir­miè­res géné­ra­lis­tes et les infir­miè­res pué­ri­cultri­ces doi­vent être plei­ne­ment inté­grées aux poli­ti­ques de pré­ven­tion, aux consul­ta­tions péri­na­ta­les, aux visi­tes à domi­cile, aux actions d’« aller vers » et au suivi des famil­les vul­né­ra­bles.

La dif­fé­rence entre la France et ses voi­sins ne réside donc pas seu­le­ment dans les ris­ques ren­contrés. Elle réside dans notre capa­cité insuf­fi­sante à les pré­ve­nir, à les détec­ter et à agir avant qu’ils ne devien­nent des drames.

La prévention devient enfin le cœur du débat

Le mérite essen­tiel du rap­port est de dépla­cer le regard.

La mis­sion montre que la plu­part des déter­mi­nants de cette dégra­da­tion appa­rais­sent avant même l’accou­che­ment :
 pré­ca­rité sociale ;
 gros­ses­ses insuf­fi­sam­ment sui­vies ;
 obé­sité et dia­bète ;
 dif­fi­cultés d’accès aux soins ;
 pré­ma­tu­rité ;
 iné­ga­li­tés ter­ri­to­ria­les ;
 vul­né­ra­bi­li­tés psy­cho­so­cia­les.

Autrement dit, la pré­ven­tion rede­vient la pre­mière poli­ti­que de sécu­rité péri­na­tale. Le SNPI par­tage plei­ne­ment cette ana­lyse. Depuis long­temps, nous rap­pe­lons que la qua­lité des soins ne com­mence pas en salle de nais­sance.

Elle com­mence dans les consul­ta­tions de proxi­mité, dans les actions d’éducation à la santé, dans les visi­tes à domi­cile, dans la pré­ven­tion des condui­tes à risque, dans l’accom­pa­gne­ment des famil­les vul­né­ra­bles, dans le repé­rage pré­coce des fra­gi­li­tés psy­chi­ques et socia­les.

Par ailleurs, les auteurs du rap­port IGAS ne retrou­vent pas de lien démon­tré entre les restruc­tu­ra­tions des mater­ni­tés et la remon­tée récente de la mor­ta­lité infan­tile. Ils rap­pel­lent qu’aug­men­ter méca­ni­que­ment les seuils d’acti­vité ou pour­sui­vre les fer­me­tu­res cons­ti­tue­rait une réponse sim­pliste à un pro­blème beau­coup plus com­plexe. Cela signi­fie que chaque ter­ri­toire doit être ana­lysé selon ses besoins de santé publi­que, sa démo­gra­phie, ses vul­né­ra­bi­li­tés et la sécu­rité réelle des prises en charge.

Cette appro­che ter­ri­to­riale est beau­coup plus per­ti­nente.

Le rapport oublie pourtant un acteur majeur : les infirmières

C’est pro­ba­ble­ment sa prin­ci­pale limite. L’IGAS insiste, à juste titre, sur :
 la coor­di­na­tion ;
 le suivi des par­cours ;
 les actions "d’aller vers" ;
 le ren­for­ce­ment de la PMI ;
 la pré­ven­tion ;
 le sou­tien à la paren­ta­lité ;
 la santé men­tale du post-partum ;
 le suivi néo­na­tal.

Mais lorsqu’il s’agit d’iden­ti­fier les pro­fes­sion­nels capa­bles de porter ces mis­sions, le regard reste lar­ge­ment centré sur les sages-femmes et les méde­cins. Or la loi du 27 juin 2025 a pro­fon­dé­ment fait évoluer les com­pé­ten­ces infir­miè­res.

Les infir­miè­res géné­ra­lis­tes réa­li­sent désor­mais des consul­ta­tions infir­miè­res, condui­sent des actions de pré­ven­tion, de pro­mo­tion de la santé, d’éducation thé­ra­peu­ti­que, de coor­di­na­tion, d’orien­ta­tion et de suivi cli­ni­que.

Les infir­miè­res pué­ri­cultri­ces dis­po­sent, quant à elles, d’une exper­tise reconnue en santé de l’enfant, sou­tien à la paren­ta­lité, déve­lop­pe­ment de l’enfant, pré­ven­tion, accom­pa­gne­ment des famil­les et santé publi­que.

Le rap­port n’exploite pas plei­ne­ment ce poten­tiel.

Les propositions du SNPI

Le rap­port ouvre une porte. Il appar­tient désor­mais aux pou­voirs publics de la fran­chir.

Le SNPI pro­pose que le futur plan stra­té­gi­que natio­nal de péri­na­ta­lité reconnaisse plei­ne­ment les com­pé­ten­ces des infir­miè­res.

1. Développer les consultations infirmières de prévention périnatale

Les infir­miè­res géné­ra­lis­tes et pué­ri­cultri­ces pour­raient assu­rer :
 des consul­ta­tions d’éducation à la santé ;
 le repé­rage des vul­né­ra­bi­li­tés ;
 le suivi des fac­teurs de risque ;
 la pré­ven­tion nutri­tion­nelle ;
 la pré­ven­tion envi­ron­ne­men­tale ;
 la vac­ci­na­tion ;
 l’accom­pa­gne­ment des mala­dies chro­ni­ques mater­nel­les.

Ces consul­ta­tions com­plé­te­raient natu­rel­le­ment celles des sages-femmes, sans s’y sub­sti­tuer.

2. Renforcer les infirmières puéricultrices en PMI

Le rap­port appelle à ren­for­cer les PMI. Le SNPI par­tage plei­ne­ment cette recom­man­da­tion. Mais ren­for­cer la PMI sup­pose également de ren­for­cer les effec­tifs d’infir­miè­res pué­ri­cultri­ces. Elles cons­ti­tuent l’un des piliers de la pré­ven­tion pré­coce.

Leur exper­tise est indis­pen­sa­ble pour :
 les visi­tes à domi­cile ;
 le sou­tien à la paren­ta­lité ;
 le dépis­tage des trou­bles du déve­lop­pe­ment ;
 la pré­ven­tion des vio­len­ces ;
 la santé envi­ron­ne­men­tale ;
 l’accom­pa­gne­ment des famil­les pré­cai­res.

3. Déployer les infirmières dans les actions "d’aller vers"

Le rap­port insiste sur la néces­sité de rejoin­dre les popu­la­tions les plus éloignées du sys­tème de santé. Les infir­miè­res exer­cent déjà au domi­cile, en cen­tres de santé, en établissements sco­lai­res, en PMI, en pro­tec­tion de l’enfance, en struc­tu­res médico-socia­les, dans les CPTS et les dis­po­si­tifs de santé publi­que.

Elles cons­ti­tuent le maillage ter­ri­to­rial le plus dense du sys­tème de santé. Ne pas mobi­li­ser plei­ne­ment cette res­source serait une erreur stra­té­gi­que.

4. Faire de la coordination infirmière un levier majeur

Le rap­port sou­li­gne les insuf­fi­san­ces de coor­di­na­tion entre les acteurs. Là encore, les infir­miè­res dis­po­sent d’une com­pé­tence reconnue par la loi.

La coor­di­na­tion des par­cours, aujourd’hui mis­sion infir­mière, doit deve­nir un véri­ta­ble outil de sécu­ri­sa­tion du par­cours mère-enfant.

Une occasion historique

L’IGAS appelle à cons­truire un nou­veau plan stra­té­gi­que natio­nal de péri­na­ta­lité 2027-2030. Le SNPI sou­tient cette ambi­tion.

Mais ce plan ne pourra réus­sir qu’en mobi­li­sant l’ensem­ble des com­pé­ten­ces dis­po­ni­bles, et non uni­que­ment les pro­fes­sions his­to­ri­que­ment iden­ti­fiées à la nais­sance.

La santé péri­na­tale ne se joue pas uni­que­ment le jour de l’accou­che­ment. Elle se cons­truit pen­dant les mille pre­miers jours.

Elle mobi­lise la pré­ven­tion, l’éducation à la santé, le sou­tien à la paren­ta­lité, la coor­di­na­tion des par­cours, le suivi des vul­né­ra­bi­li­tés, la santé men­tale, la lutte contre les iné­ga­li­tés socia­les et ter­ri­to­ria­les. Autant de domai­nes dans les­quels les infir­miè­res géné­ra­lis­tes et les infir­miè­res pué­ri­cultri­ces dis­po­sent aujourd’hui de com­pé­ten­ces reconnues par la loi.

Le rap­port de l’IGAS ouvre une nou­velle étape. Il appar­tient désor­mais au Gouvernement de trans­for­mer cette vision en orga­ni­sa­tion concrète. La péri­na­ta­lité ne gagnera pas seu­le­ment avec de nou­veaux bâti­ments ou de nou­veaux décrets.

Elle pro­gres­sera sur­tout en don­nant toute leur place aux soi­gnants qui assu­rent, chaque jour, la pré­ven­tion, l’accom­pa­gne­ment et la conti­nuité des soins auprès des femmes, des nou­veau-nés et de leurs famil­les.

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