Patients partenaires : reconnaître les compétences sans créer de nouvelles barrières
28 octobre 2026
La reconnaissance du patient partenaire comme activité professionnelle constitue une avancée pour la démocratie en santé. Mais elle soulève une question fondamentale : comment valoriser les savoirs issus de l’expérience de la maladie sans exclure les personnes les plus éloignées des institutions ? Pour le Syndicat National des Professionnels Infirmiers (SNPI), cette reconnaissance doit renforcer le pouvoir d’agir des patients, et non devenir une nouvelle forme de sélection sociale.
Une reconnaissance nécessaire, mais qui doit rester inclusive
La création par France Travail d’une fiche métier consacrée au « patient partenaire » marque une étape importante. Elle contribue à rendre visibles des activités longtemps exercées sans véritable statut, parfois sans rémunération, alors qu’elles participent à l’amélioration des soins, de la formation et des politiques de santé.
Cette évolution répond à une exigence de justice : l’expérience des personnes vivant avec une maladie chronique, un handicap ou une perte d’autonomie constitue une source de connaissances indispensable pour améliorer notre système de santé. Mais la reconnaissance professionnelle ne doit pas conduire à imposer systématiquement une formation diplômante préalable.
Les compétences des patients partenaires se construisent à travers des parcours multiples : expérience personnelle, engagement associatif, échanges entre pairs, participation à des projets collectifs. Les formations universitaires peuvent enrichir ces compétences, mais elles ne sauraient constituer leur unique mode de reconnaissance.
Faire du diplôme une condition d’accès risquerait de réserver ces fonctions aux personnes disposant déjà des ressources sociales, financières et culturelles nécessaires. La démocratie en santé a précisément besoin d’entendre celles et ceux dont la parole reste trop souvent absente.
Être entendu ne signifie pas participer aux décisions
La Haute Autorité de santé distingue plusieurs formes d’engagement des patients, depuis l’expression de leur expérience jusqu’à leur participation à la conception, à la mise en œuvre et à l’évaluation des actions de santé. Ces différents niveaux ne sont pas interchangeables.
Recueillir un témoignage, consulter une association ou associer des patients à une commission ne suffit pas à garantir un partenariat effectif. Celui-ci suppose une véritable capacité d’influence, une coconstruction des décisions et la possibilité de remettre en question les choix institutionnels.
Le risque serait de développer une participation essentiellement symbolique, dans laquelle les patients seraient présents sans disposer des moyens de transformer les pratiques. La démocratie en santé ne se mesure pas au nombre de patients invités autour de la table, mais à leur influence réelle sur les décisions.
Les infirmières, actrices essentielles du partenariat
La profession infirmière occupe une place privilégiée dans cette évolution. Par la continuité de la relation de soin, les infirmières découvrent les connaissances que les personnes développent sur leur maladie, leurs traitements, leurs capacités et leurs conditions de vie. Cette expertise du quotidien complète les connaissances scientifiques et cliniques des professionnels.
La consultation infirmière, l’éducation thérapeutique, la prévention et l’accompagnement des maladies chroniques constituent autant d’occasions de construire des décisions partagées.
Mais cette démarche exige également une évolution des pratiques professionnelles : reconnaître les priorités exprimées par la personne, accepter la discussion des propositions de soins et soutenir son autonomie. Le partenariat ne consiste pas à demander au patient d’adhérer au projet du soignant, mais à construire avec lui un projet qui ait du sens dans sa vie.
Faire progresser ensemble reconnaissance et démocratie en santé
Pour le SNPI, plusieurs exigences doivent accompagner cette évolution : reconnaître les compétences acquises par l’expérience, garantir la diversité sociale des participants, prévoir une juste rémunération de leurs contributions et former les professionnels au partenariat.
Les institutions doivent également rendre compte des effets concrets de cette participation sur leurs décisions. La reconnaissance du patient partenaire ne saurait devenir une fin en soi. Elle doit contribuer à une transformation plus profonde des relations entre les personnes soignées, les professionnels et les institutions.
L’enjeu n’est pas de professionnaliser quelques patients pour mieux les intégrer au système existant, mais de permettre à tous les patients de contribuer à transformer ce système. C’est à cette condition que la reconnaissance des patients partenaires constituera une véritable avancée pour la démocratie en santé.