Ratios infirmiers : au Canada une stratégie fondée sur l’expertise du terrain
14 février 2026
Au Canada, dans la province du Manitoba, le gouvernement provincial vient de franchir un cap majeur : finaliser la première feuille de route sur la dotation sécuritaire dirigée par le personnel infirmier de première ligne.
Une méthode inédite : partir du terrain
Sous l’impulsion du premier ministre et de la ministre de la Santé, le rapport repose sur un principe simple : ce sont les infirmières qui savent ce que signifie une dotation sécuritaire. Plus de 4 800 soignants ont contribué aux travaux, en partenariat avec le Syndicat des infirmières du Manitoba et les employeurs. L’objectif n’est pas symbolique. Il s’agit d’éclairer de futures lois contraignantes sur les ratios infirmières/patients.
Le rapport identifie des priorités claires :
– unités de soins intensifs ;
– blocs opératoires ;
– services où l’acuité clinique et la dépendance sont élevées ;
– stratégies de rétention pour lutter contre l’épuisement professionnel.
Des ratios fondés sur les preuves
La littérature internationale est sans ambiguïté. Les travaux de l’Université de Pennsylvanie, les données de l’OCDE et les positions du Conseil International des Infirmières montrent qu’un nombre insuffisant d’infirmières augmente la mortalité hospitalière, les complications et les durées de séjour.
Le Manitoba ne propose pas une norme uniforme. La feuille de route privilégie une approche dynamique, tenant compte :
– de l’état de santé des patients ;
– de la complexité des soins ;
– des environnements critiques ;
– du maintien en poste.
Autrement dit : des ratios ajustés à l’acuité réelle, et non à des contraintes budgétaires.
Depuis 2023, la province a recruté 1.200 infirmières supplémentaires. L’ambition affichée est d’atteindre progressivement les ratios recommandés. La présidente de la Fédération canadienne des syndicats d’infirmières, Linda Silas, salue une initiative dont le pays aurait besoin.
Ce qui distingue cette démarche, c’est la reconnaissance du leadership infirmier. La sécurité des patients n’est pas une variable d’ajustement. Elle devient un cadre législatif structurant.
Une leçon pour les systèmes sous tension
Partout où les fermetures de lits et la pénurie fragilisent les hôpitaux, la question est la même : combien de patients une infirmière peut-elle prendre en charge sans compromettre la qualité et la sécurité ?
L’expérience manitobaine rappelle une évidence : la dotation sécuritaire n’est pas une revendication corporatiste. C’est un indicateur de santé publique.
Quand les soignants construisent la norme, la confiance revient. Et quand la loi protège les ratios, ce sont les patients qui gagnent.
https://news.gov.mb.ca/news/index.fr.html?archive=&item=72741