Changement climatique : les infirmières sont en première ligne pour protéger la santé publique
18 juin 2026
Combien de patients faudra-t-il hospitaliser avant que nous considérions enfin le changement climatique comme un enjeu de santé publique ? Pendant longtemps, le climat a été présenté comme une question environnementale. Une affaire de glaciers, d’ours polaires ou d’émissions de CO₂. Cette époque est révolue.
Le changement climatique est désormais un déterminant majeur de santé. Il tue déjà, aggrave les maladies chroniques, favorise les maladies infectieuses, fragilise les plus vulnérables et met sous tension un système de santé qui peine déjà à répondre aux besoins de la population.
Le rapport publié par Oxfam France en juin 2026 apporte une synthèse particulièrement éclairante de cette réalité. Ses constats rejoignent ceux de l’OMS, de l’INSERM, de Santé publique France, du Lancet Countdown et du Haut Conseil pour le Climat : la crise climatique est devenue une crise sanitaire.
https://www.oxfamfrance.org/rapports/sante-et-climat-comment-le-changement-climatique-menace-notre-sante/
Et la profession infirmière se trouve en première ligne.
Un climat qui rend malade
Les conséquences sanitaires du changement climatique ne relèvent plus de scénarios futurs. Elles sont déjà observables. L’été 2025 a provoqué plus de 5 700 décès liés à la chaleur en France. Les épisodes caniculaires deviennent plus fréquents, plus longs et plus intenses.
Mais la chaleur n’est que la partie visible de l’iceberg. Les températures élevées augmentent le risque d’accident vasculaire cérébral, d’infarctus, de décompensation cardiaque, d’insuffisance rénale, de déshydratation et de troubles psychiatriques.
Les femmes enceintes sont davantage exposées aux accouchements prématurés.
Les personnes atteintes de sclérose en plaques, de BPCO ou de maladies chroniques voient leurs symptômes s’aggraver.
Les feux de forêt constituent une autre menace croissante. Les fumées contiennent des particules fines particulièrement toxiques pour les voies respiratoires et cardiovasculaires.
Les maladies vectorielles progressent également. Le moustique tigre, quasiment absent du territoire il y a vingt ans, est désormais implanté dans la grande majorité des départements métropolitains. Chikungunya, dengue ou virus du Nil occidental ne sont plus des maladies exotiques.
Même l’eau et l’alimentation sont concernées. Les inondations favorisent les contaminations microbiologiques. Les proliférations d’algues toxiques se multiplient. Les sécheresses fragilisent les ressources en eau potable.
Autrement dit, le changement climatique agit sur l’ensemble des déterminants de santé.
Les plus fragiles paient le prix fort
Comme souvent en santé publique, les conséquences ne sont pas réparties équitablement. Les personnes âgées, les enfants, les personnes en situation de handicap, les patients atteints de maladies chroniques ou vivant dans la précarité sont les plus exposés.
Le climat agit comme un multiplicateur d’inégalités. Les quartiers les moins favorisés disposent souvent de moins d’espaces verts, de logements moins bien isolés et d’un environnement plus dégradé.
Or la présence d’arbres, de zones ombragées ou de logements adaptés constitue un véritable facteur de protection sanitaire.
La chaleur ne frappe pas seulement plus fort les populations vulnérables. Elle les frappe plus longtemps et avec moins de moyens pour s’en protéger.
Cette réalité devrait nous interpeller collectivement. Car protéger le climat, c’est aussi protéger les plus fragiles.
Un système de santé déjà en difficulté
Au moment où les besoins augmentent, les capacités de réponse du système de santé diminuent.
– Depuis vingt ans, près d’un quart des lits d’hospitalisation ont disparu.
– Les tensions sur les effectifs sont devenues chroniques.
– Les urgences fonctionnent sous pression permanente.
– Les délais d’accès aux soins s’allongent.
– La mortalité infantile progresse.
Dans le même temps, les épisodes climatiques extrêmes se multiplient. Le paradoxe est saisissant.
Nous allons avoir davantage de besoins de soins alors même que les ressources disponibles se raréfient.
Cette situation devrait conduire les décideurs à considérer l’adaptation du système de santé comme une priorité stratégique. Pourtant, les investissements restent insuffisants.
L’adaptation climatique des établissements de santé est encore trop rarement abordée sous l’angle de la sécurité des patients.
– Comment garantir la continuité des soins lors d’une canicule prolongée ?
– Comment protéger les patients fragiles lorsque les températures dépassent régulièrement les 35 °C dans certains services ?
– Comment sécuriser les stocks de médicaments sensibles à la chaleur ?
– Comment maintenir l’accès aux soins lors d’inondations ou de catastrophes naturelles ?
Ces questions ne sont plus théoriques. Elles concernent déjà notre pratique quotidienne.
Les infirmières disposent d’une partie de la solution
Face à ces défis, la profession infirmière possède des compétences encore insuffisamment reconnues.
Notre exercice est au croisement du soin, de la prévention, de l’éducation à la santé, de l’accompagnement des populations vulnérables et de la coordination des parcours.
Autant de domaines devenus essentiels dans un contexte de changement climatique.
Les infirmières sont souvent les premières à identifier les situations de vulnérabilité.
– Elles repèrent les personnes âgées isolées.
– Elles accompagnent les patients atteints de maladies chroniques.
– Elles interviennent au domicile.
– Elles exercent dans les écoles, les entreprises, les établissements médico-sociaux, les collectivités et les hôpitaux.
Cette proximité avec la population constitue une ressource majeure pour la santé publique.
Demain, les consultations infirmières pourraient intégrer davantage le repérage des risques liés à la chaleur, à la qualité de l’air, à l’habitat ou à l’environnement quotidien.
L’éducation à la santé environnementale pourrait devenir un axe majeur de prévention. Informer sur l’hydratation, les comportements protecteurs lors des canicules, la qualité de l’air intérieur, les risques liés aux pollutions ou l’adaptation des traitements aux fortes chaleurs relève pleinement du rôle infirmier.
L’émergence des éco-infirmiers
Depuis plusieurs années, un mouvement se développe en France et à l’international : celui des éco-infirmiers.
Leur ambition est simple. Intégrer les enjeux environnementaux dans les pratiques de soins sans jamais perdre de vue l’objectif principal : améliorer la santé des patients.
Les éco-infirmiers travaillent sur plusieurs dimensions.
– Ils participent à la réduction de l’impact environnemental des soins.
– Ils sensibilisent les patients aux liens entre environnement et santé.
– Ils contribuent à la prévention des risques sanitaires liés au changement climatique.
– Ils favorisent des organisations de soins plus durables.
– Ils développent une approche globale associant santé humaine, santé animale et santé des écosystèmes dans une logique « One Health ».
Cette démarche est particulièrement cohérente avec l’histoire de la profession infirmière.
– Prévenir plutôt que guérir.
– Agir sur les déterminants de santé.
– Développer l’autonomie des personnes.
– Promouvoir la santé.
Autant de missions qui figurent déjà au cœur de notre exercice.
Faire de la santé environnementale une priorité de formation
La réforme de la formation infirmière engagée en 2026 constitue une opportunité. La santé environnementale ne peut plus être considérée comme une thématique optionnelle. Elle doit devenir une compétence socle.
Les futurs infirmiers devront comprendre les mécanismes par lesquels l’environnement influence la santé.
– Ils devront savoir identifier les populations les plus exposées.
– Ils devront être capables de mettre en œuvre des actions de prévention adaptées.
– Ils devront contribuer à la résilience des territoires face aux risques climatiques.
Cette évolution est indispensable. Car les patients attendront naturellement des soignants des réponses concrètes à ces nouveaux enjeux.
Prévenir aujourd’hui pour éviter de soigner demain
Le changement climatique nous rappelle une vérité fondamentale de santé publique. La meilleure maladie est celle que l’on évite.
– Chaque pollution évitée.
– Chaque logement mieux isolé.
– Chaque espace végétalisé.
– Chaque épisode de chaleur anticipé.
– Chaque action de prévention.
Constitue aussi une politique de santé.
Les investissements dans l’adaptation climatique ne sont pas des dépenses supplémentaires. Ils sont des investissements de prévention. Et comme toute politique de prévention efficace, ils coûtent moins cher que l’inaction.
Une responsabilité collective
La question n’est plus de savoir si le changement climatique aura des conséquences sur la santé. La question est de savoir si nous choisirons de les anticiper ou de les subir.
Les infirmières ont un rôle majeur à jouer.
– Par leur présence auprès de la population.
– Par leurs compétences en prévention.
– Par leur expertise du quotidien des patients.
– Par leur capacité à coordonner les parcours de santé.
La santé environnementale n’est pas une nouvelle spécialité. C’est l’une des nouvelles frontières de la santé publique.
Et la profession infirmière possède déjà une grande partie des compétences nécessaires pour la faire progresser. A condition que les pouvoirs publics lui donnent les moyens d’agir.
Protéger le climat, c’est protéger la santé.
Protéger la santé, c’est aussi reconnaître pleinement la contribution des infirmières à la prévention, à l’éducation à la santé et à la construction d’un système de soins capable de faire face aux défis du XXIe siècle.