Soins relationnels : colère des infirmières sur l’incompréhensible recul du Sénat

30 avril 2025

Le geste soigne, mais c’est la rela­tion qui guérit. Ce lien humain, au cœur du métier infir­mier, aurait pu enfin être reconnu à sa juste place. Il a été effacé d’un trait.

Hier, la Commission des affai­res socia­les du Sénat a voté la sup­pres­sion de l’amen­de­ment intro­dui­sant une cin­quième mis­sion infir­mière dédiée aux soins rela­tion­nels, dans la nou­velle loi infir­mière réfor­mant les textes de la pro­fes­sion. Cette déci­sion, qui revient à nier la réa­lité du soin vécu par les pro­fes­sion­nels et les patients, sus­cite l’indi­gna­tion du Syndicat natio­nal des pro­fes­sion­nels infir­miers SNPI.

L’Assemblée natio­nale, à la demande des orga­ni­sa­tions repré­sen­ta­ti­ves de la pro­fes­sion, avait adopté cet amen­de­ment. Il ne s’agis­sait pas d’un simple ajout cos­mé­ti­que, mais d’un acte de reconnais­sance attendu depuis des décen­nies : « Dispenser les soins rela­tion­nels per­met­tant d’appor­ter un sou­tien psy­cho­lo­gi­que et un sup­port thé­ra­peu­ti­que. Le soin rela­tion­nel s’ins­crit dans une prise en charge glo­bale du patient. »

Cet amen­de­ment s’ins­cri­vait dans une volonté de reva­lo­ri­ser la rela­tion soi­gnant/soigné, dans un contexte où le sys­tème de santé s’uni­for­mise, se stan­dar­dise, et où le temps humain dis­pa­raît sous la pres­sion de la ren­ta­bi­lité. Les débats sur la santé font régu­liè­re­ment remon­ter la même plainte : le lien, l’écoute, l’accom­pa­gne­ment n’ont plus de place. Le soin devient un acte. L’infir­mière, une tech­ni­cienne.

Or c’est pré­ci­sé­ment cette perte de sens que nous refu­sons

L’infir­mière est une pro­fes­sion­nelle de santé à part entière, pas une simple auxi­liaire médi­cale agis­sant sur pres­crip­tion médi­cale. Elle est la pre­mière inter­lo­cu­trice du patient, du fait de ce lien rela­tion­nel spé­ci­fi­que. Elle est celle qui tra­duit, qui expli­que, qui ras­sure. Celle qui per­çoit ce que le corps médi­cal ne voit pas tou­jours, parce qu’elle prend le temps, parce qu’elle connaît la per­sonne, pas seu­le­ment le dos­sier.

"Le soin rela­tion­nel est au cœur du métier. Il est aussi la prin­ci­pale attente des patients. Il ne s’agit pas seu­le­ment de sou­tien psy­cho­lo­gi­que. Il s’agit d’un savoir-faire pro­fes­sion­nel, mobi­li­sant ana­lyse cli­ni­que, empa­thie, com­mu­ni­ca­tion et dis­cer­ne­ment. Il s’agit de savoir quand parler, quand se taire, quand orien­ter, quand inter­ve­nir. Il s’agit d’un espace thé­ra­peu­ti­que qui ne dit pas son nom, mais que tout infir­mier reconnaît" pré­cise Thierry Amouroux, porte-parole du Syndicat National des Professionnels Infirmiers SNPI.

En sup­pri­mant cette mis­sion, le Sénat envoie un mes­sage clair : ce temps passé auprès des patients n’a pas de valeur

C’est une faute poli­ti­que, mais c’est sur­tout une faute humaine. Car cette for­mu­la­tion, loin d’être impro­vi­sée, s’appuie sur les tra­vaux issus du Ségur de la santé, et en par­ti­cu­lier sur la contri­bu­tion des orga­ni­sa­tions repré­sen­ta­ti­ves des 640.000 pro­fes­sion­nels infir­miers.

Ce texte por­tait une ambi­tion col­lec­tive. Il visait à sortir les soins rela­tion­nels de l’ombre, à leur accor­der enfin une exis­tence légale, à hau­teur de leur impor­tance cli­ni­que. Les sup­pri­mer, c’est nier ce que les patients eux-mêmes expri­ment chaque jour : qu’un soin bien fait, sans pré­sence, sans atten­tion, n’est qu’un acte vide.

Ecoute , accom­pa­gne­ment, rela­tion d’aide, déco­dage médi­cal, éducation à la santé : ce mépris envers nos com­pé­ten­ces sou­lève la colère des infir­miè­res. Le SNPI demande ins­tam­ment que le 5 mai, lors de la séance plé­nière, les séna­teurs réin­tro­dui­sent cette mis­sion fon­da­men­tale dans la loi. La révi­sion des textes infir­miers ne peut abou­tir à un recul.

Ne nions pas cet apport. Ne nions pas les soins rela­tion­nels. Réparons cette faute. Le soin est un geste. Mais c’est aussi un regard, une écoute, une pré­sence. Ce que les dépu­tés ont reconnu, les séna­teurs ne peu­vent le balayer.

Le 5 mai pro­chain, le Sénat exa­mi­nera en séance publi­que la réforme de la loi infir­mière.
Agissons ! Diffusons ce mes­sage !
Intervenons auprès des séna­teurs pour qu’ils réta­blis­sent l’amen­de­ment reconnais­sant notre rôle rela­tion­nel.
https://www.senat.fr/vos-sena­teurs.html

Voir également :
 "Tout le cœur de métier, l’écoute, l’accom­pa­gne­ment, la rela­tion d’aide, est nié" : les infir­miers se mobi­li­sent pour ins­crire le "soin rela­tion­nel" dans la loi
https://fran­ce3-regions.fran­cet­vinfo.fr/paris-ile-de-france/paris/tout-le-c-ur-de-metier-l-ecoute-l-accom­pa­gne­ment-la-rela­tion-d-aide-est-nie-les-infir­miers-se-mobi­li­sent-pour-reins­crire-le-soin-rela­tion­nel-dans-la-loi-3147458.html
 https://www.lin­ke­din.com/posts/thierry-amou­roux-16482937_soin-soins-rela­tion­nels-acti­vity-7323316476562624512-elDG?utm_source=share&utm_medium=member_desk­top&rcm=ACoAAAfGb5wBayNHppkJZEkvGE-wwsH4AEDF­zyU
 Alerte ! Les séna­teurs effa­cent la réa­lité du soin !
https://toute-la.veille-acteurs-sante.fr/233185/alerte-les-sena­teurs-effa­cent-la-rea­lite-du-soin-com­mu­ni­que/

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