Un état d’urgence silencieux : la profession infirmière en péril

11 mai 2025

A l’occa­sion de la Journée Internationale des Infirmières, le 12 mai, le Conseil International des Infirmières CII a pro­duit un rap­port "Prendre soin des infir­miè­res pour une économie plus forte"

Le monde fait face à une crise sani­taire struc­tu­relle : celle de la pénu­rie d’infir­miè­res. Selon l’OMS, il manque 5,9 mil­lions de pro­fes­sion­nels aujourd’hui, et il en fau­drait plus de 30 mil­lions sup­plé­men­tai­res dans les années à venir pour répon­dre à l’aug­men­ta­tion des besoins de santé. Cette situa­tion, déjà cri­ti­que avant la pan­dé­mie, est deve­nue insou­te­na­ble. Elle com­pro­met la qua­lité des soins, la sécu­rité des patients, l’accès aux ser­vi­ces essen­tiels, mais aussi la sta­bi­lité économique des États.

Les résul­tats de l’enquête 2024 menée par le CII auprès de 68 asso­cia­tions natio­na­les d’infir­miè­res (ANI) dres­sent un tableau sans appel :
• 62 % des ANI cons­ta­tent une sur­charge de tra­vail impor­tante depuis 2021 ;
• 48 % signa­lent une hausse signi­fi­ca­tive des départs de la pro­fes­sion ;
• 38 % jugent leur sys­tème de santé inca­pa­ble de répon­dre aux besoins de leur popu­la­tion.

Les rai­sons sont connues : des effec­tifs insuf­fi­sants, une inten­si­fi­ca­tion des tâches, une pres­sion cons­tante et des condi­tions de tra­vail dégra­dées. Les infir­miè­res quit­tent leur poste, par­fois leur pays, pous­sées par l’épuisement, le manque de reconnais­sance et des pers­pec­ti­ves pro­fes­sion­nel­les blo­quées. Les jeunes géné­ra­tions, de leur côté, se détour­nent de la pro­fes­sion, décou­ra­gées par ce qu’elles obser­vent sur le ter­rain.

À cette usure chro­ni­que s’ajoute un pro­blème endé­mi­que : la vio­lence. Elle est deve­nue une com­po­sante « nor­male » du tra­vail infir­mier. Selon le rap­port, 86 % des infir­miè­res ont été confron­tées à des agres­sions ver­ba­les ou phy­si­ques de la part de patients ou du public. Et plus de deux tiers décla­rent en avoir subi également de la part de col­lè­gues ou de l’enca­dre­ment. Pourtant, dans un quart des pays, les poli­ti­ques de pré­ven­tion sont jugées inef­fi­ca­ces ou inexis­tan­tes.

Cette situa­tion est d’autant plus cho­quante que dans plu­sieurs pays, des postes d’infir­miè­res ne sont pas finan­cés, lais­sant au chô­mage ou en sous-emploi des pro­fes­sion­nel­les qua­li­fiées… alors même que les ser­vi­ces sont en ten­sion. Ce para­doxe révèle une faillite dans la ges­tion des res­sour­ces humai­nes en santé. Il est le symp­tôme d’un modèle basé sur des répon­ses à court terme – immi­gra­tion, sous-qua­li­fi­ca­tion, contrats pré­cai­res – qui n’apporte aucune solu­tion dura­ble.

Ce désé­qui­li­bre a un coût élevé. Chaque départ d’une infir­mière repré­sente une perte évaluée à près de 37 000 dol­lars, entre le recru­te­ment, la for­ma­tion et la perte d’expé­rience. Et l’impact économique va bien au-delà. Une den­sité infir­mière plus élevée se tra­duit par une espé­rance de vie accrue, elle-même direc­te­ment liée à la crois­sance économique. Une aug­men­ta­tion de 1 % du nombre d’infir­miè­res entraîne une hausse de 0,02 % de l’espé­rance de vie… et jusqu’à 2,4 % de crois­sance natio­nale sup­plé­men­taire.

Les infir­miè­res ne sont pas seu­le­ment des soi­gnan­tes : elles sont un levier puis­sant de santé publi­que, de cohé­sion sociale et de déve­lop­pe­ment économique. Ne pas inves­tir dans leur bien-être et leur main­tien en poste revient à affai­blir dura­ble­ment nos sys­tè­mes de santé… et nos socié­tés.

Face à cette situa­tion cri­ti­que, le CII pro­pose une feuille de route prag­ma­ti­que en sept axes prio­ri­tai­res, réunis dans son pro­gramme Prendre soin des infir­miè­res :

GARANTIR UNE DOTATION EN PERSONNEL ET UN ENSEMBLE DE COMPÉTENCES ADÉQUATS POUR DES SOINS EFFICACES
Mettre en œuvre une pla­ni­fi­ca­tion de la main-d’œuvre fondée sur des don­nées pro­ban­tes et un ensem­ble de com­pé­ten­ces équilibré afin de garan­tir des niveaux de dota­tion sûrs et des char­ges de tra­vail sup­por­ta­bles. Surveiller en per­ma­nence les char­ges de tra­vail et com­bler de manière proac­tive les lacu­nes en matière de per­son­nel afin de mini­mi­ser les ris­ques et d’éviter que les infir­miè­res ne soient sur­char­gées.

INVESTIR DANS LES RESSOURCES ET LES ÉQUIPEMENTS ADÉQUATS
Fournir aux infir­miè­res les res­sour­ces essen­tiel­les, l’équipement, la tech­no­lo­gie et l’infra­struc­ture néces­sai­res à une pres­ta­tion de soins sûre et effi­cace. Veiller à ce que les équipements médi­caux soient mis à jour en temps voulu et fonc­tion­nent de manière opti­male, tout en assu­rant un appro­vi­sion­ne­ment régu­lier en maté­riel de soins conforme aux normes de qua­lité. Prioriser les inves­tis­se­ments dans les outils numé­ri­ques afin d’amé­lio­rer la pro­duc­ti­vité et d’opti­mi­ser l’effi­ca­cité de la pres­ta­tion des soins.

OFFRIR DES CONDITIONS DE TRAVAIL SÛRES ET DÉCENTES
Défendre le droit des infir­miè­res à des envi­ron­ne­ments de tra­vail sûrs et sains. Appliquer des pro­to­co­les de sécu­rité soli­des et veiller à mettre en place des équipements de pro­tec­tion indi­vi­duelle, des outils ergo­no­mi­ques et des pério­des de repos pro­té­gées afin de pré­ve­nir les ris­ques pro­fes­sion­nels et la fati­gue. Des condi­tions de tra­vail décen­tes signi­fient qu’il faut veiller à ce que chaque infir­mière jouisse de la dignité, du res­pect, des droits et d’un bon équilibre entre vie pro­fes­sion­nelle et vie privée.

SOUTENIR LA FORMATION, LE PERFECTIONNEMENT PROFESSIONNEL ET UN DOMAINE DE PRATIQUE OPTIMAL
Donner la prio­rité à l’inves­tis­se­ment dans une for­ma­tion de haute qua­lité et un per­fec­tion­ne­ment pro­fes­sion­nel continu qui per­met­tent aux infir­miè­res d’acqué­rir les com­pé­ten­ces néces­sai­res pour répon­dre à l’évolution des besoins en matière de soins infir­miers. Donner aux infir­miè­res les moyens d’exer­cer dans leur domaine de pra­ti­que opti­mal en moder­ni­sant les poli­ti­ques et régle­men­ta­tions afin de per­met­tre aux infir­miè­res d’assu­mer des rôles de pra­ti­que avan­cée. Proposer des par­cours de car­rière clairs et des offres de per­fec­tion­ne­ment pro­fes­sion­nel continu, et veiller à ce que l’exper­tise des infir­miè­res soit valo­ri­sée.

CRÉER DES CULTURES ORGANISATIONNELLES FAVORABLES ET PERFORMANTES
Favoriser une culture de l’excel­lence qui donne la prio­rité aux soins cen­trés sur les per­son­nes et à l’amé­lio­ra­tion conti­nue. Favoriser des envi­ron­ne­ments inclu­sifs, col­la­bo­ra­tifs et trans­pa­rents, y com­pris des pro­gram­mes de men­to­rat soli­des, et per­met­tre aux infir­miè­res de jouer un rôle de leader et de déci­deur.

AMÉLIORER L’ACCÈS AUX SOINS DE SANTÉ ET AUX AIDES AU BIEN-ÊTRE
Supprimer les obs­ta­cles à l’accès aux soins de santé pour les infir­miè­res en ratio­na­li­sant les voies d’accès afin de garan­tir un accès facile et rapide aux soins pré­ven­tifs, aux trai­te­ments et aux ser­vi­ces de sou­tien. Veiller à ce que ces ser­vi­ces soient faci­le­ment acces­si­bles et conçus pour répon­dre aux besoins spé­ci­fi­ques des infir­miè­res.

VALORISER LES INFIRMIÈRES EN LEUR OFFRANT UNE RÉMUNÉRATION JUSTE ET CONCURRENTIELLE
Offrir des salai­res et des pres­ta­tions qui reflè­tent l’exper­tise, les res­pon­sa­bi­li­tés et le dévoue­ment des infir­miè­res dans leurs soins. Aborder la ques­tion de l’équité sala­riale et assu­rer une répar­ti­tion équitable de la charge de tra­vail. Soutenir des moda­li­tés de tra­vail flexi­bles afin de répon­dre à des besoins divers et d’accroî­tre la fidé­li­sa­tion de la main-d’œuvre et la satis­fac­tion au tra­vail

Le mes­sage du CII est clair : pren­dre soin des infir­miè­res, c’est pren­dre soin de l’économie et des socié­tés. Négliger leur bien-être n’est plus une option. Les solu­tions exis­tent, et elles sont connues. Il reste à avoir le cou­rage poli­ti­que de les mettre en œuvre.

Source :
https://www.icn.ch/fr/nos-actions/cam­pa­gnes/jour­nee-inter­na­tio­nale-des-infir­mie­res#:~:text=La%20JII%20est%20c%C3%A9l%C3%A9br%C3%A9e%20cha­que,un%20en­sem­ble%20d’%C3%A9l%C3%A9ments%20pro­bants.

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