Ordre et liberté d’expression

19 mars 2014

Interdits d’exercer pendant un an pour avoir rédigé leur Guide des 4 000 médicaments utiles, inutiles ou dangereux, sorti en 2012, à la suite du scandale du Mediator

Les pro­fes­seurs Bernard Debré et Philippe Even, auteurs en 2012 d’un « Guide des 4000 médi­ca­ments utiles, inu­ti­les ou dan­ge­reux » ont écopé d’une inter­dic­tion d’exer­cice d’un an, pro­non­cée par la cham­bre dis­ci­pli­naire de l’ordre des méde­cins d’Ile-de-France, le 17 mars 2014.

Trois griefs ont été rete­nus par l’Ordre des méde­cins :
 un manque de confra­ter­nité pour s’en être pris à la pro­fes­sion d’aller­go­lo­gue et à la tech­ni­que de la désen­si­bi­li­sa­tion,
 un manque de pru­dence : le carac­tère caté­go­ri­que de leur propos a pu favo­ri­ser les arrêts de trai­te­ment intem­pes­tifs,
 enfin, l’ins­tance ordi­nale observe que « le carac­tère caté­go­ri­que, voire péremp­toire de leurs affir­ma­tions » ont « donné aux ouvra­ges incri­mi­nés un tour spec­ta­cu­laire non dépourvu de visées com­mer­cia­les ».

Bernard Debré, 69 ans et Philippe Even, 82 ans sont tous deux à la retraite, la sanc­tion est donc prin­ci­pa­le­ment sym­bo­li­que. Les deux pra­ti­ciens esti­ment être les vic­ti­mes d’une res­tric­tion de leur liberté d’expres­sion. Pour Philippe Even « Le pro­blème posé est celui de la liberté d’expres­sion. Deux méde­cins ont parlé pour défen­dre ce qu’ils pen­sent être l’inté­rêt des mala­des ».

Les deux pro­fes­seurs se mon­trent également très cri­ti­ques quant à la sévé­rité de la sanc­tion, "alors que le doc­teur Cahuzac n’a écopé que d’une inter­dic­tion de trois mois et que les signa­le­ments de patien­tes abu­sées par le doc­teur Hazout ont pen­dant des années été enter­rés par l’ins­tance ordi­nale" com­mente le Pr Debré.

L’appel de cette sanc­tion devra être ins­truit par le Conseil natio­nal de l’Ordre. Les labo­ra­toi­res Servier fabri­quant du Mediator, visé à plu­sieurs repri­ses dans le livre, avaient eux été débou­tés d’une action en jus­tice contre le guide par le tri­bu­nal de grande ins­tance de Paris en juin 2013.

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