Urgences au bord du gouffre : le cri d’alerte des infirmières

Urgences au bord du gouffre : le cri d’alerte des infirmières

6 août 2024

Les ser­vi­ces d’urgen­ces en France sont en crise. Chaque jour, sur l’ensem­ble du ter­ri­toire, de nou­veaux témoi­gna­ges révè­lent une réa­lité alar­mante : des ser­vi­ces fermés le soir et le week-end, des patients lais­sés sans soins pen­dant des heures, et des pro­fes­sion­nels de santé à bout de souf­fle. Cette situa­tion, qui se dété­riore depuis des années, est le résul­tat direct des poli­ti­ques d’aus­té­rité menées par les gou­ver­ne­ments suc­ces­sifs. Alors que l’hôpi­tal public est sur le point de s’effon­drer, le Syndicat National des Professionnels Infirmiers SNPI tire la son­nette d’alarme, exi­geant une réponse forte et immé­diate : un Plan Marshall pour l’hôpi­tal.

Les fer­me­tu­res noc­tur­nes et pen­dant les week-ends des ser­vi­ces d’urgen­ces ne sont plus une excep­tion, mais une réa­lité dans de nom­breu­ses régions fran­çai­ses. Des hôpi­taux, faute de moyens et de per­son­nel, se voient contraints de réduire leurs heures d’ouver­ture, lais­sant des popu­la­tions entiè­res sans accès immé­diat aux soins d’urgence. Ces mesu­res, loin d’être anec­do­ti­ques, sont le reflet d’un sys­tème hos­pi­ta­lier à bout de souf­fle, vic­time des poli­ti­ques de res­tric­tions bud­gé­tai­res impo­sées au fil des ans.

Les plans d’économies suc­ces­sifs, ini­tiés par les dif­fé­rents gou­ver­ne­ments, ont eu des consé­quen­ces désas­treu­ses. Réduction des effec­tifs, gel des salai­res, et sur­charge de tra­vail sont deve­nus le quo­ti­dien des soi­gnants. « Nous ne pou­vons plus répon­dre aux besoins de la popu­la­tion dans de bonnes condi­tions », déplore Thierry Amouroux, porte-parole du Syndicat National des Professionnels Infirmiers SNPI. « Les fer­me­tu­res des ser­vi­ces d’urgen­ces ne sont que la partie visi­ble de l’ice­berg. Le pro­blème est bien plus pro­fond : notre sys­tème de santé est en train de s’effon­drer. »

Les soi­gnants sont par­ti­cu­liè­re­ment préoc­cu­pés par la situa­tion. Avec des ratios patients/infir­mière deve­nus inte­na­bles, les soi­gnants sont à bout. Les normes inter­na­tio­na­les sont de 6 à 8 patients par infir­mière : en France c’est le double. « Nous sommes moins nom­breux pour soi­gner plus de patients, qui res­tent moins hos­pi­ta­li­sés moins long­temps pour libé­rer les lits. Cela conduit iné­vi­ta­ble­ment à des erreurs, à de l’épuisement, et à un pro­fond mal-être au tra­vail ».

L’inca­pa­cité à recru­ter sur les postes vacants aggrave encore la situa­tion. Les jeunes diplô­més hési­tent à entrer dans un métier où les condi­tions de tra­vail sont de plus en plus dif­fi­ci­les, et où le manque de reconnais­sance sala­riale est criant. De nom­breux soi­gnants quit­tent même la pro­fes­sion, usés par des années de tra­vail sous pres­sion cons­tante. Une étude de la DREES du minis­tère révèle que près d’une infir­mière hos­pi­ta­lière sur deux a quitté l’hôpi­tal ou changé de métier après dix ans de car­rière
https://drees.soli­da­ri­tes-sante.gouv.fr/publi­ca­tions-com­mu­ni­que-de-presse/etudes-et-resul­tats/pres-dune-infir­miere-hos­pi­ta­liere-sur-deux

Un plan Marshall pour l’hôpi­tal : une néces­sité impé­rieuse

Face à cette situa­tion dra­ma­ti­que, le syn­di­cat des infir­miè­res SNPI appelle à un véri­ta­ble Plan Marshall pour l’hôpi­tal. Ce plan d’enver­gure doit repo­ser sur plu­sieurs axes essen­tiels :

Améliorer les ratios patients/infir­mière : Pour garan­tir une prise en charge digne et sécu­ri­sée, il est indis­pen­sa­ble de réduire le nombre de patients par soi­gnant. Ce réé­qui­li­brage per­met­tra d’allé­ger la charge de tra­vail et d’amé­lio­rer la qua­lité des soins.

Revaloriser les salai­res : Les infir­miè­res et infir­miers, véri­ta­bles piliers de notre sys­tème de santé, méri­tent une rému­né­ra­tion à la hau­teur de leur enga­ge­ment. Une reva­lo­ri­sa­tion signi­fi­ca­tive des salai­res est cru­ciale pour atti­rer de nou­veaux talents et fidé­li­ser ceux qui sont encore en poste. Les pro­­fes­­sion­­nels #in­­fir­­miers des #hô­­pi­­taux fran­­çais sont très mal payés par com­­pa­­rai­­son avec les pays euro­­péens : en 2020, le salaire annuel brut des #in­­fir­­miè­­res en France était de 32 397 euros en moyenne, soit moins qu’en République tchè­­que ou en Pologne. En Belgique, le salaire attei­­gnait en moyenne 62 316 euros annuels bruts.
https://fr.sta­­tista.com/info­­gra­­phie/32333/remu­­ne­­ra­­tion-per­­son­­nel-infir­­mier-com­­pa­­rai­­son-du-salaire-brut-en-europe/

Améliorer les condi­tions de tra­vail : Rappels sur repos, congés frac­tion­nés, modi­fi­ca­tions d’horai­res, mana­ge­ment toxi­que, dépla­ce­ment dans d’autres ser­vi­ces,… L’envi­ron­ne­ment de tra­vail doit être repensé pour favo­ri­ser le bien-être des soi­gnants, avec la mise en place de dis­po­si­tifs de sou­tien psy­cho­lo­gi­que et de pré­ven­tion du burn-out.

Recruter mas­si­ve­ment : Pour com­bler les postes vacants et répon­dre aux besoins crois­sants de la popu­la­tion, un plan de recru­te­ment ambi­tieux est indis­pen­sa­ble pour faire reve­nir une partie des 180.000 infir­miers qui ont cessé d’exer­cer sous-payés en sous-effec­tif . Cela néces­site non seu­le­ment de rendre la pro­fes­sion plus attrac­tive, mais aussi de garan­tir une for­ma­tion de qua­lité aux futurs infir­miers et infir­miè­res. Aujourd’hui, il y a déjà 60 000 postes infir­miers vacants et 10 % des soi­gnants sont en arrêt mala­die.
https://www.rtl.fr/actu/sante/hopi­tal-ryth­mes-effre­nes-bur­nout-reconver­sions-les-infir­mie­res-en-voie-de-dis­pa­ri­tion-7900230177

La situa­tion des urgen­ces en France est aujourd’hui alar­mante. La dégra­da­tion conti­nue des condi­tions de tra­vail et le manque de moyens humains et finan­ciers met­tent en péril la capa­cité du sys­tème de santé à répon­dre aux besoins de la popu­la­tion. Il est urgent de réagir. Un Plan Marshall pour l’hôpi­tal est indis­pen­sa­ble pour redres­ser la barre, amé­lio­rer les condi­tions de tra­vail des soi­gnants et garan­tir un accès aux soins pour tous. L’heure n’est plus aux demi-mesu­res : il en va de la survie de notre sys­tème de santé public. alerte Thierry Amouroux, porte-parole du Syndicat National des Professionnels Infirmiers (SNPI CFE-CGC).

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Voir également :
 Hôpital en crise : les infir­miè­res récla­ment un plan d’urgence
https://www.cadu­cee.net/actua­lite-medi­cale/16388/hopi­tal-en-crise-les-infir­mie­res-recla­ment-un-plan-d-urgence.html
 Face à la crise de l’hôpi­tal, les infir­miers atten­dent "un vrai plan Marshall"
https://www.infir­miers.com/pro­fes­sion-ide/actua­lite-sociale/face-la-crise-de-lho­pi­tal-les-infir­miers-atten­dent-un-vrai-plan-mar­shall
 Le Syndicat natio­nal des pro­fes­sion­nels infir­miers demande un plan Marshall pour l’hôpi­tal
https://www.hos­pi­me­dia.fr/actua­lite/breves/20240807-dia­lo­gue-social-le-syn­di­cat-natio­nal-des-pro­fes­sion­nels-infir­miers
 Le syn­­di­­cat des infir­­miè­­res SNPI appelle à un véri­­ta­­ble Plan Marshall pour l’hôpi­­tal
https://www.cadre­de­sante.com/spip/infos/breve/le-snpi-appelle-a-un-veri­ta­ble-plan-mar­shall-pour-les-urgen­ces-14593
 https://www.lin­ke­din.com/posts/thierry-amou­roux-16482937_urgen­ces-au-bord-du-gouf­fre-le-cri-dalerte-acti­vity-7226883249136881666-UNbi?utm_source=share&utm_medium=member_desk­top
 Santé : près d’une infir­mière hos­pi­ta­lière sur deux a quitté l’hôpi­tal ou changé de métier après dix ans de car­rière
https://www.fran­cet­vinfo.fr/sante/hopi­tal/crise/sante-pres-d-une-infir­miere-hos­pi­ta­liere-sur-deux-a-quitte-l-hopi­tal-ou-change-de-metier-apres-dix-ans-de-car­riere_6021836.html

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