Conditions de travail

Le témoignage d’une infirmière

Message reçu par mail : illustration de la vie quotidienne dans un CHU.

25 avril 2009

Je suis assez catastrophée en ce moment, car dans aucun média, aucune presse, même dans les discours de nos chers politiques, personne ne parle de ce qui se passe du côté de l’hôpital public... Et pourtant, moi qui le vis de l’intérieur, je vous garantie qu’il y a de quoi sauter au plafond :

Tout ce qui va suivre est un peu compliqué, peut-être, mais nécessaire pour vous expliquer ce qui se passe sur le terrain.

Je suis infirmière dans un service de Médecine interne à l’hôpital B, avec une capacité d’accueil de 21 patients, dont 95% est muté directement des urgences. Autrement dit, la plupart ne sont pas encore très stabilisés sur le plan médical et ont donc besoin d’une surveillance étroite et efficace de la part des infirmiers et aide-soignants.

Les femmes de ménage (ASH) ont elles aussi un rôle important, car au détour d’un couloir ou pendant qu’elles nettoient une chambre, elles peuvent être les premiers signaux d’alarme d’un patient en détresse. Sans parler de leur travail primordial pour assurer l’hygiène des services, rôle majeur dans la lutte des infections nosocomiales.

Nos équipes s’organisent ainsi : (les équipes de jour et de nuit sont indépendantes, je ne travaille que le jour matin-soir)
- 2 infirmières + 2 aide-soignantes + 1 ASH le matin
- 2 infirmières + 2 aide-soignantes + 1 ASH le soir
- 1 infirmière + 1 aide-soignante la nuit

Ceci est ce qu’on appelle le service minimum, autrement dit, c’est le minimum réglementaire pour assurer la sécurité des patients. Or il faut savoir que nous n’avons jamais de personnel en plus et que la tendance actuelle est de nous faire tourner en sous-effectif de manière presque systématique les soirs et les week-end, soit un seul infirmier pour 21 patients.

Depuis 2 mois, une de mes collègues infirmières a démissionné et n’est pas remplacée, une autre est en arrêt de travail qui risque d’être prolongé cet été et n’est pas non plus remplacée. Nous ne sommes donc plus que 6 infirmiers au lieu de 8 à assurer un roulement sur 4 semaines, jours de semaine, week-end et fériés compris. Alors nous effectuons 1 puis 2 puis 3 week-end supplémentaires (nous en travaillons déjà 2 sur 4 habituellement) et ainsi de suite pour que le service tourne, avec des jours de repos qui sautent et des alternances de rythme incessantes. Si bien qu’ il devient impossible de prévoir quoi que ce soit en dehors de la vie au CHU, sous peine de devoir annuler au dernier moment pour cause : boulot !

Samedi dernier, une autre collègue s’est arrêtée et, étant la seule infirmière du soir, il n’y avait donc personne pour prendre la relève du matin... C’est un infirmier des urgences qui a été détaché de son service pour venir dans le nôtre, qui a assuré les soins de nos 21 patients, alors qu’il ne les connaissait pas, et qui a dû faire face en plus à une situation d’urgence vitale de l’un d’eux...

Une des ASH est arrêtée depuis 1 an en étant remplacée de manière très ponctuelle, obligeant les 3 ASH restantes du service à se partager un roulement sur 4 semaines, jours de semaine, week-end et fériés compris. Leur tâche est de nettoyer à elles seules, tous les jours, la totalité des 16 chambres du service de fond en comble (vitres, mobilier, murs, WC), les bureaux médicaux, les pièces de vie (office, douche, WC, couloirs), la salle de soins...

Il faut savoir que le CHU est en pleine réorganisation, puisqu’un gros complexe est en fin de construction à l’hôpital N, promettant parait-il des technologies de pointe, des locaux modernes et surtout des soins efficaces et de qualité...

Alors expliquez-moi comment être à la hauteur de ces exigences quand le personnel est déjà largement en sous-effectif ? L’hôpital refuse d’embaucher, car déficit budgétaire, mais préfère faire appel à l’intérim, qui coûte plus cher que des contractuels...

Hier, j’étais normalement en ’repos’ et j’ai passé une bonne partie de ma journée à démarcher la Médecine du Travail, les syndicats et à parler avec notre chef de service, pour essayer de trouver des solutions pourque notre direction nous entende...

Nous sommes par chance soutenus par notre chef de service, qui connaît la valeur de notre travail et sait que nous ne protestons pas pour rien. Il nous connaît suffisamment pour lui même remuer ciel et terre pour qu’on s’occupe du sort des soignants à l’hôpital. Il nous soutient par ce que lui-même est très inquiet de la situation et voit notre gouvernement asphyxier le service public hospitalier, or lui a choisi de travailler au CHU par foi en ce service public, et dans le respect du serment d’Hippocrate.

Je dors très mal et pour être honnête je pense au boulot constamment. J’ai peur que le stress me fasse oublier un soin, que la pression m’ empêche de prendre le temps avec un patient déprimé, que la fatigue me fasse faire un mauvais calcul de dose, administrer un produit au mauvais patient... J’ai peur que ce métier que j’aime me transforme en assassin, involontairement, par ce qu’on aura laissé la situation se dégrader. Parce que nous sommes tous responsables : je suis l’infirmière d’aujourd’hui mais nous sommes tous les patients de demain. VOUS pouvez être au bout de ma seringue, ou votre mari, votre enfant, votre proche.

Je vis l’insécurité dans mon travail, alors que je le maîtrise pourtant. Mais je suis humaine avant tout.

Vous serez ceux qui pâtirez du manque de soignants dans les services : je n’aurai pas pu prendre le temps de vous donner des nouvelles du patient que vous aimez, je n’aurai pas pu gérer 2 situations d’urgence à la fois... Faut-il attendre qu’il y ait des morts pour réagir et prendre conscience de ce qui se passe dans les hôpitaux ???

Aujourd’hui, j’ai besoin de vous. Merci de bien vouloir transférer ce mail de manière la plus large possible, pour informer le plus de monde possible. Si vous connaissez des personnes du monde hospitalier, journalistique, politique ou autre, n’hésitez pas à les solliciter.

Il faut se mobiliser en masse pour être plus efficace, moi toute seule, je n’intéresse personne.

Merci pour votre attention !

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Depuis la publication de cet article, nous avons reçu beaucoup d’autres témoignages, mais nous ne pouvons pas tous les reprendre, faute de place.

Voici celui de Nathalie :

Je tiens à soutenir le témoignage de cette infirmière, car je vis exactement la même chose dans ma clinique.

Je travaille en chirurgie et nous avons à charge bien souvent jusqu’à 25 patients par infirmière.

Il arrive très fréquemment que nous doublions les chambres seules pour faire face aux urgences et pour répondre aux exigences des chirurgiens, sans parler également des exigences des administrateurs qui se réjouissent lorsque la clinique est bien pleine ...

Le personnel est également trop peu nombreux, et les absences ne sont pas toujours remplacées.

En plus de notre travail d’infirmière nous devons encadrer les élèves, remplacer les brancardiers lorsqu’’ils sont partis ou absents et bien entendu faire office de secrétaire, de standardiste et de diététicienne.

Nous travaillons dans le stress permanent et dans la crainte de se faire " insulter" par les médecins si par hasard nous n’allions pas assez vite, ou si nous étions dans l’impossibilité de répondre à leurs sommations.

Comme ma collègue, je dors mal la nuit car je repense à ce que j’ai fait dans ma journée en espérant n’avoir rien oublié pour ne pas nuire à ma consœur.

Il est bien évident, que notre temps passé auprès du patient est chronométré. Les soins sont faits dans la hâte, ce qui limite notre temps de parole.

Je suis aussi très inquiète sur l’évolution de ma profession. Les salaires n’évoluent pas et les responsabilités s’accroissent.

Je suis complètement contre le fait de réduire le temps d’études car les infirmières doivent avoir de plus en plus de connaissances pour faire face à l’absence des médecins, aux situations d’urgence et aux inquiétudes des familles et des patients.

Il serait bien temps que nous soyons reconnues officiellement BAC + 3, et niveau licence et que l’on reconnaisse nos compétences, et notre savoir.

Le temps des Sœurs dévouées est révolu...

J’espère toujours voir le milieu hospitalier se rebeller sérieusement, et j’aimerais que les syndicats soient plus actifs et plus offensifs, afin de réunir la profession pour une sérieuse mobilisation.

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