Améliorer les ratios infir­mière-patients est aussi rentable !

Améliorer les ratios infir­mière-patients est aussi rentable !

18 mars 2018

Le nombre de patients par infirmière impacte la qualité et la sécurité des soins, mais les exemples étrangers montrent que c’est aussi rentable économiquement ! Alors pourquoi la France est-elle en train de saborder les établissements hospitaliers ?

Pour assurer la qualité et la sécurité des soins infirmiers, il importe de tenir compte de la nature, de la complexité et de l’intensité des soins requis par les patients ainsi que de la façon dont ces besoins influent sur la détermination des soins infirmiers à fournir et de la composition de l’équipe de soins nécessaire pour répondre à ces besoins.

Or, ce sont souvent les contraintes budgétaires et non les besoins en soins requis qui déterminent le nombre d’infirmières et la composition de l’équipe de soins infirmiers. S’ajoute à cela le fait que le temps de travail des infirmières est de plus en plus occupé par des activités qui ne sont pas liées aux soins donnés aux patients (taches administratives, téléphone, etc.). Le temps consacré à ces activités et l’augmentation du nombre de patients par infirmière viennent créer des situations qui peuvent compromettre la prestation sécuritaire des soins infirmiers.

Plusieurs études ont examiné le rapport entre la qualité et la sécurité des soins infirmiers et le nombre d’infirmières, leur formation, leurs responsabilités et la composition des équipes de soins. Les résultats des études démontrent une association entre l’un ou plusieurs de ces éléments et des indicateurs de qualité sensibles aux soins infirmiers, par exemple, les taux d’erreurs de médicaments, de la prévalence des escarres, des chutes, des failles dans le processus de soins infirmiers et des infections nosocomiales.

Ces événements indésirables nuisent à l’atteinte de résultats de soins optimaux pour les patients et se traduisent souvent par une augmentation de la durée moyenne de séjour hospitalier, des réadmissions hospitalières et des taux de mortalité à l’intérieur de 30 jours.

D’autres études démontrent qu’une charge de travail infirmier élevée et une sous-utilisation des connaissances et compétences des infirmières auraient un impact sur la satisfaction au travail ainsi que sur la fidélisation et le recrutement des infirmières, pouvant occasionner des coûts importants en heures supplémentaires et en dépenses liées au recrutement.

Selon le Canadian Nursing Advisory Committee, l’utilisation non optimale de l’expertise des infirmières constitue un usage inefficace des ressources financières du système de santé.

En somme, les démarches pour contrôler les coûts par la réduction du nombre d’infirmières ou le remplacement de celles-ci par d’autres catégories de personnel en soins infirmiers n’ayant pas les connaissances, les compétences ou l’expérience requises ont souvent l’effet opposé et ne permettent d’atteindre ni les objectifs de qualité et de sécurité des soins et services pour les patients ni les objectifs financiers du réseau de la santé.

Exemples étrangers : quand qua­lité rime avec ren­ta­bi­lité

Des solu­tions ont été mises en oeuvre en Californie et en Australie, où le per­son­nel infir­mier a réussi à faire pres­sion et obte­nir des ratios infir­mière-patients pres­crits par la loi et les conven­tions col­lec­ti­ves. De tels ratios limi­tent le nombre de patients dont doit s’occu­per l’infir­mière. Par exem­ple, en Californie, un ratio de 1 pour 4 est pres­crit par la loi.

À New South Wales, en Australie, les ratios ont été déter­mi­nés en fonc­tion d’une for­mule d’heures mini­mum de soins infir­miers, par patient, par jour. Cette for­mule peut varier selon les clas­si­fi­ca­tions au sein de l’hôpi­tal mais, géné­ra­le­ment, les ratios cor­res­pon­dent à 1 pour 4 de jour. La dota­tion en per­son­nel peut être gérée au niveau de l’unité de soins.

Les études démon­trent une amé­lio­ra­tion des résul­tats des patients à la suite de la mise en place de ratios pres­crits. Des études sur l’expé­rience aus­tra­lienne démon­trent une dimi­nu­tion de la fré­quence des inci­dents direc­te­ment liés aux soins infir­miers (indi­ca­teurs de résul­tats liés aux soins infir­miers), y com­pris dimi­nu­tion du taux de mor­ta­lité, des com­pli­ca­tions du sys­tème ner­veux cen­tral, des ulcè­res, des gas­tri­tes, des sai­gne­ments duo­dé­naux, des sep­ti­cé­mies, des plaies de pres­sion, et de la durée du séjour à l’hôpi­tal. Les études sur l’expé­rience cali­for­nienne révè­lent des résul­tats simi­lai­res par rap­port au taux de mor­ta­lité.

Il est impor­tant de sou­li­gner que le coût lié à une aug­men­ta­tion de la dota­tion infir­mière peut être lar­ge­ment, voire même entiè­re­ment, récu­péré par l’établissement. Cela s’expli­que par le lien confirmé entre une aug­men­ta­tion de la dota­tion infir­mière et la dimi­nu­tion de la durée du séjour, des réad­mis­sions, de la mor­bi­dité, des erreurs médi­ca­les et du rou­le­ment du per­son­nel infir­mier.

Plus de détails :
- Infirmiers surchargés, patients en danger http://www.syndicat-infirmier.com/Infirmiers-surcharges-patients-en.html
- Lien entre mortalité et charge de travail infirmière http://www.syndicat-infirmier.com/Lien-entre-mortalite-et-charge-de-travail-infirmiere.html
- Déranger une infirmière augmente de plus de 12 % les risques d’erreur http://www.syndicat-infirmier.com/Deranger-une-infirmiere-augmente.html
- Les patients paient le prix du manque de personnel et des surcharges de travail http://www.syndicat-infirmier.com/Les-patients-paient-le-prix-du
- L’épuisement des infirmiers augmentent les maladies nosocomiales http://www.syndicat-infirmier.com/L-epuisement-des-infirmiers.html
- Danger : nos conditions de travail augmentent le risque d’erreurs de soins http://www.syndicat-infirmier.com/Nos-conditions-de-travail.html
- Majoration du risque d’erreurs de soins avec la pénu­rie
http://www.syn­di­cat-infir­mier.com/Majoration-du-risque-d-erreurs-de.html
- Les erreurs de médication http://www.syn­di­cat-infir­mier.com/Les-erreurs-de-medi­ca­tion-une,

Sources des études :
- Clarke, S. P. et Donaldson, N. E. (2008). Nurse Staffing and Patient Care Quality and Safety. Dans R. G. Hughes (dir.), Patient Safety and Quality : An Evidence-Based Handbook for Nurses. Rockville, Maryland : Agency for Healthcare Research and Quality (US).
- D’Amour, D., Dubois, C.-A., Tchouaket, E., Clarke, S. et Blais, R. (2014). The occurrence of adverse events potentially attributable to nursing care in medical units : Cross sectional record review. International Journal of Nursing Studies, 51(6), 882–891. doi : 10.1016/j.ijnurstu.2013.10.017
- Kalisch, B. J., Tschannen, D. et Lee, K. H. (2012). Missed nursing care, staffing, and patient falls. Journal of nursing care quality, 27(1), 6-12. doi : 10.1097/NCQ.0b013e318225aa23
- Pappas, S. H. (2008). The cost of nurse-sensitive adverse events. Journal of Nursing Administration, 38(5), 230-236. doi : 10.1097/01. NNA.0000312770.19481.ce
- Schreuders, L. W., Bremner, A. P., Geelhoed, E. et Finn, J. (2014). The relationship between nurse staffing and inpatient complications. Journal of advanced nursing. doi : 10.1111/jan.12572
- Berry, L. et Curry, P. (2012). Charge de travail du personnel infirmier et soins aux patients. Comprendre la valeur du personnel infirmier, les répercussions des charges de travail excessives, et comment les ratios infirmière-patients et les modèles dynamiques de dotation peuvent aider. Ottawa, Ontario : Fédération canadienne des syndicats d’infirmières et infirmiers.
- Canadian Nursing Advisory Committee (2002). Our Health, Our Future Creating Quality Workplaces for Canadian Nurses. Advisory Committee of Human Health Resources.

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