Le rapport Chertier "Pour une modernisation du dialogue social", après analyse du système français de relations sociales, propose des solutions puisĂ©es dans l’expĂ©rience europĂ©enne. Il se donne pour objectif de renforcer les corps intermĂ©diaires - organisations syndicales et groupements d’employeurs - dans leurs relations avec l’Ă©tat, en dĂ©finissant clairement les rĂ´les et responsabilitĂ©s de chacun. Le rapport Hadas-Lebel, pour sa part, s’intĂ©resse Ă la lĂ©gitimitĂ© des acteurs et Ă l’efficacitĂ© du dialogue social Ă la française. D’oĂ» son titre : Pour un dialogue social efficace et lĂ©gitime : reprĂ©sentativitĂ© et financement des organisations professionnelles et syndicales...
LE RAPPORT CHERTIER
I - Une clarification des rôles et de la place laissés aux partenaires sociaux
Le rapport de Dominique-Jean Chertier part de l’idĂ©e que le poids des syndicats est avant tout dĂ©terminĂ© par l’espace qui leur est rĂ©servĂ© et tord le cou Ă des schĂ©mas stĂ©rĂ©otypĂ©s. En effet, les partenaires sociaux ne sont pas opposĂ©s aux rĂ©formes mais cherchent Ă ĂŞtre entendus dans leur Ă©laboration et leur rĂ©alisation.
C’est pourquoi, il prĂ©conise de construire en amont, entre le gouvernement et les partenaires sociaux, un agenda de rĂ©formes traitant des questions de fond et rĂ©gulièrement actualisĂ©. Un temps de concertation rĂ©servĂ© aux partenaires sociaux serait prĂ©vu avant que le Parlement lĂ©gifère ou que le gouvernement dĂ©cide des suites Ă donner.
Un cadre juridique entourerait ce « temps rĂ©servĂ© » aux partenaires sociaux dans une logique du « mieux lĂ©gifĂ©rer ». La procĂ©dure de concertation s’Ă©chelonnerait sur trois mois Ă l’issue desquels le texte normatif, support de la rĂ©forme, passerait en Conseil des ministres. NouveautĂ© du dispositif, le texte serait complĂ©tĂ© d’un document qui prĂ©senterait le dĂ©roulement de la concertation et les suites donnĂ©es.
Sur le plan du droit du travail, la procĂ©dure du « temps rĂ©servĂ© » serait conçue comme un temps dĂ©diĂ© Ă la nĂ©gociation collective compte tenu du rĂ´le et de la lĂ©gitimitĂ© des organisations syndicales et professionnelles en la matière.
Cette variante renforcĂ©e du « temps rĂ©servĂ© » aux partenaires sociaux s’explique aussi par l’existence de droits qui sont directement issus de la nĂ©gociation collective. Si les partenaires sociaux aboutissaient Ă la conclusion d’un accord, celui-ci devrait ĂŞtre fidèlement repris par le Parlement et le gouvernement.
II - Restructurer les lieux du dialogue social et responsabiliser les administrations dans le processus de concertation, y compris dans la fonction publique
Les rĂ©formes et les changements de mĂ©thode prĂ©conisĂ©s devront pouvoir s’appuyer sur des instances du dialogue social fortement redynamisĂ©es.
Le rapport trace trois axes : la clarification des rôles, la simplification du paysage institutionnel et des procédures et la responsabilisation des acteurs qui participent au dialogue social.
Il prĂ©conise, notamment, de changer la composition du Conseil Ă©conomique et social (CES) en vue d’un fonctionnement plus efficace. Il propose aussi de laisser une plus grande place aux associations porteuses de grandes problĂ©matiques sociĂ©tales. Encore faudrait-il que la voix des organisations syndicales reprĂ©sentatives ne soit pas « Ă©touffĂ©e » !
Enfin, il serait donnĂ© une valeur juridique aux accords conclus entre l’État et les organisations syndicales dans la fonction publique Ă travers la mise en place d’une procĂ©dure d’homologation.
L’espace plus important laissĂ© aux partenaires sociaux pose la question de leur capacitĂ© Ă reprĂ©senter au mieux les salariĂ©s. Les partenaires sociaux sont-ils lĂ©gitimes ? Le dialogue social en France est-il efficace ? Le rapport Hadas-Lebel tente de rĂ©pondre par le biais de quatre approches : la reprĂ©sentativitĂ©, la validitĂ© des conventions et accords nĂ©gociĂ©s, les petites et moyennes entreprises (PME) et enfin le financement des organisations syndicales reprĂ©sentatives
LE RAPPORT HADAS-LEBEL
I - De nouveaux critères de représentativité
Dans un scĂ©nario d’adaptation Ă la situation actuelle, le critère de l’attitude patriotique pendant la seconde guerre mondiale est remplacĂ© par celui du respect des valeurs rĂ©publicaines.
Le rapport prĂ©conise de mieux tenir compte du critère jurisprudentiel de l’audience Ă©lectorale du syndicat. Les Ă©lections prud’homales et professionnelles sont toutes deux citĂ©es comme pouvant servir d’Ă©talon. Par consĂ©quent, la liste des organisations bĂ©nĂ©ficiaires de la prĂ©somption irrĂ©fragable de reprĂ©sentativitĂ© au niveau interprofessionnel serait rĂ©visĂ©e Ă l’issue de chaque cycle Ă©lectoral.
Est envisagĂ©e la facilitation des procĂ©dures de reconnaissance de la reprĂ©sentativitĂ© au niveau de la branche et dans l’entreprise par le remplacement du juge par l’inspecteur du travail ou le ministre, selon le cas. La CFE-CGC voit dans cette proposition un moyen qui favoriserait l’Ă©mergence de nouvelles organisations tel que l’UNSA et SUD, avec le risque d’Ă©miettement syndical que cela comporte.
La CFE-CGC, regrette que la reprĂ©sentativitĂ© des organisations d’employeurs ne soit qu’effleurĂ©e car les employeurs sont une partie toute aussi dĂ©terminante Ă la nĂ©gociation collective que les organisations syndicales.
RaphaĂ«l Hadas-Lebel envisage Ă©galement un scĂ©nario de transformation complète par lequel l’audience deviendrait l’unique critère de mesure de la reprĂ©sentativitĂ© Ă tous les niveaux. Ainsi, le seuil plancher Ă obtenir, pour ĂŞtre reprĂ©sentatif, se situerait dans une fourchette entre 5 % et 10 % des voix exprimĂ©es.
Trois méthodes seraient envisagées :
L’Ă©lection de rĂ©fĂ©rence pourrait ĂŞtre celle des prud’hommes, rĂ©alisĂ©e par voie Ă©lectronique.
Le rapport suggère la possibilitĂ© de connaĂ®tre l’audience
des organisations syndicales par branche et cela dès 2013 : au moment du vote, le salarié renseignerait électroniquement le code NAF de son entreprise.
La consolidation des rĂ©sultats obtenus Ă l’Ă©lection des dĂ©lĂ©guĂ©s du personnel.
Quand on sait que l’Ă©lection DP s’organise lĂ©galement autour de deux collèges, on comprend que la reprĂ©sentativitĂ© de la CFE-CGC soit sĂ©rieusement mise en pĂ©ril avec l’absence du troisième collège en tant que
tel.
De plus, il serait mis fin au monopole des listes syndicales au premier tour des Ă©lections professionnelles pour permettre l’ouverture aux candidats sans appartenance syndicale.
Une Ă©lection dĂ©diĂ©e au niveau des branches. Cette alternative n’est pas des plus simples Ă mettre en oeuvre,
compte tenu des moyens nécessaires à sa réalisation.
II - Vers la majoritĂ© d’engagement comme règle de conclusion des accords
Le rapport propose, comme simple adaptation, le maintien des règles actuelles qui dĂ©coulent de la loi Fillon jusqu’au 31 dĂ©cembre 2007. Toutefois, la majoritĂ© d’engagement « relative » remplacerait la règle lĂ©gale de la majoritĂ© « d’opposition ».
Concrètement, les syndicats signataires devraient reprĂ©senter plus de voix que les syndicats qui s’opposent, tandis que le poids Ă©lectif des syndicats abstentionnistes (qui ne signent pas sans s’opposer pour autant), ne serait pas pris en compte.
En revanche, après le 31 dĂ©cembre 2007, la majoritĂ© d’engagement deviendrait la seule règle. Dans ce cas de figure, l’accord devrait ĂŞtre signĂ© par un ou des syndicats reprĂ©sentant plus de 50 % des voix aux Ă©lections.
III - La négociation dans les PME affranchie du cadre juridique dessiné par la branche
Actuellement, la nĂ©gociation dans les PME dĂ©pourvues de dĂ©lĂ©guĂ© syndical, est soumise Ă la conclusion d’un accord au niveau de la branche.
Ă€ cette occasion, celle-ci met en place une commission de branche conçue pour valider les accords signĂ©s par les Ă©lus dans les entreprises dĂ©pourvues de DS. En l’absence d’Ă©lus, la nĂ©gociation se fait avec des salariĂ©s mandatĂ©s par les organisations syndicales reprĂ©sentatives.
D’une part, le rapport propose que la nĂ©gociation dans les entreprises dĂ©pourvues de DS ne soit plus soumise Ă l’autorisation de la branche. D’autre part, le mandatement serait ouvert mĂŞme dans les entreprises pourvues d’instances Ă©lues du personnel en instaurant une « concurrence » entre Ă©lus du personnel et salariĂ©s mandatĂ©s, sans assurer pour autant une implantation syndicale effective.
Pour la CFE-CGC, seule la dĂ©signation d’un DS pĂ©rennise le dĂ©veloppement syndical dans les PME.
Dans un contexte de transformation, le rapport prĂ©conise la fusion entre les DP, les CE et les DS dans une instance unique de nĂ©gociation et de dialogue dans les PME de 50 Ă 250 salariĂ©s. Le CHSCT actuel deviendrait une section de cette instance. Ă€ l’intĂ©rieur de l’instance unique, le DS, Ă©ventuellement choisi parmi les Ă©lus, aurait le monopole de la signature des accords.
Dans un deuxième temps, l’instance unique serait intĂ©gralement Ă©lue par les salariĂ©s de l’entreprise. Les accords ne seraient plus signĂ©s par les DS mais validĂ©s Ă la condition d’avoir recueilli la majoritĂ© des voix des membres salariĂ©s. Ce qui remettrait totalement en cause la mission du DS et la finalitĂ© mĂŞme de l’existence des syndicats.
IV - Un financement public toujours « Ă la marge » par rapport aux cotisations mais moins alĂ©atoire et plus transparent
L’ensemble des partenaires sociaux est unanime pour exiger que les cotisations syndicales demeurent la pierre angulaire du financement des organisations syndicales car elles matĂ©rialisent le lien indĂ©fectible qui existe entre les syndicats et leurs adhĂ©rents.
Dans un premier temps, le rapport propose de confirmer lĂ©galement la crĂ©ation d’un statut fiscal propre aux organisations syndicales. La CFE-CGC salue la proposition consistant Ă sĂ©curiser les mises Ă disposition de salariĂ©s du secteur privĂ© auprès des organisations syndicales reprĂ©sentatives.
Par ailleurs, le rapport préconise le renforcement du financement du congé de formation économique, sociale et syndicale.
Dans un deuxième temps, un rĂ©examen de la rĂ©partition des financements publics entre organisations pourrait Ă©galement ĂŞtre Ă©tudiĂ© en fonction de l’audience. Le rapport met en avant l’idĂ©e d’une contribution spĂ©cifique des entreprises destinĂ©e Ă financer le dialogue social. En fait, cette idĂ©e a dĂ©jĂ fait l’objet d’expĂ©rimentation dans certaines branches telles que l’agriculture ou l’artisanat.
Les rapports Chertier et Hadas-Lebel sont complĂ©mentaires. Si la CFE-CGC partage les constats et les points de vues du rapport Chertier et certains Ă©lĂ©ments du rapport Hadas-Lebel, elle est critique sur plusieurs des solutions proposĂ©es par ce dernier, car elles ne règlent pas les maux qu’elles stigmatisent.
Le rapport de RaphaĂ«l Hadas-Lebel fait actuellement l’objet d’un examen au Conseil Ă©conomique et social qui rendra son avis en novembre 2006. Ă€ cette occasion, la CFE-CGC tentera de convaincre ses partenaires sociaux et ses interlocuteurs politiques du bienfondĂ© de ses propositions.
Entre autres, la CFE-CGC souhaite ĂŞtre plus entendue sur la question de l’adhĂ©sion qu’elle souhaite non obligatoire mais responsable. Le salariĂ© doit pouvoir bĂ©nĂ©ficier d’un socle commun - celui de la loi - des accords interprofessionnels, voire de branche.
En revanche, l’application des accords d’entreprise pourrait ĂŞtre rĂ©servĂ©e aux salariĂ©s adhĂ©rents d’une organisation syndicale reprĂ©sentative. Dans une perspective beaucoup plus ambitieuse, la CFE-CGC estime que ce principe soit Ă©tendu Ă l’ensemble des accords, y compris au niveau interprofessionnel.
Par respect pour les valeurs rĂ©publicaines, le secteur privĂ© se doit de rĂ©server Ă l’engagement syndical un traitement identique Ă celui appliquĂ© dans la fonction publique. C’est pourquoi la CFECGC milite en faveur d’un « contrat d’engagement social ». Il permettrait Ă tout militant de prendre sur son temps de travail pour accomplir les missions qui lui incombent au sein de son organisation syndicale ; cela en concertation avec son employeur.
Assorti d’un retour Ă l’emploi d’origine et des mĂŞmes modalitĂ©s de paiement des rĂ©munĂ©rations que ce qui existe dans le secteur public, ce dispositif favoriserait l’Ă©mergence du syndicalisme auprès des salariĂ©s de toutes les entreprises, indĂ©pendamment de leur taille.