Conditions de travail

Erreurs humaines : pour un syndicat infirmier, « le point de rupture » est atteint

Article paru le Lundi 5 Janvier 2009 sue EGORA.fr, site d’actualités médicales

5 janvier 2009

C.H. Au départ un petit « 1 » de trop sur une prescription médicale : 411,6 de débit pour une perfusion qui devait être de 41,6. A l’arrivée, l’erreur a coûté la vie au petit Louis-Joseph, nourrisson de six mois décédé vendredi dernier à la suite de cette erreur commise à l’hôpital de pédiatrie et de rééducation de Bullion, dans les Yvelines. Le même jour, l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris annonçait qu’un problème d’acheminement du médicament à l’intérieur de l’hôpital serait à l’origine du décès du petit Ilyès, le 24 décembre à Saint-Vincent-de-Paul. D’après un audit interne, « le flacon de chlorure de magnésium utilisé par l’infirmière pour soigner l’enfant n’aurait jamais dû se trouver dans l’armoire des solutés du service de pédiatrie générale de l’hôpital Saint-Vincent-de-Paul », selon l’AP-HP qui a demandé à être mise en examen en tant que personne morale.

« Comment de telles erreurs peuvent elles arriver ? », s’interroge lundi le Syndicat national des personnels infirmiers (Snpi). « Chaque jour, à chaque geste, chaque infirmière vit avec cette épée de Damoclès au dessus de la tête. Nous sommes des êtres humains, et l’erreur est humaine. Nous exerçons une profession à haut risque, et nous portons la plus grande responsabilité qui soit : celle de la vie d’autrui. Or, le manque de personnel, de moyens, de repos et d’un cadre de travail correct peut devenir source d’erreur de la part de n’importe quel soignant. Avec les plans d’économies qui se succèdent dans les hôpitaux, la dégradation des conditions de travail est telle que l’effectif normal est pratiquement semblable à l’effectif minimum du week-end, les repos dus s’accumulent, et lors des vacances scolaires nous avons atteint le point de rupture », affirme le syndicat.

« Les syndicats de l’AP-HP ont déposé en ces derniers mois une procédure d’alerte pour danger grave et imminent sur l’ensemble des hôpitaux de l’AP-HP, suite à l’insuffisance d’effectif et la dégradation des conditions de travail qui font courir des risques importants aux patients et aux professionnels. Lorsqu’après la mort d’un homme, on constate qu’il ne reste que 11 lits de réanimation disponibles dans une région de 12 millions d’habitants, on mesure l’étendue des dégâts », poursuit l’organisation syndicale.

Invitant les infirmiers à « réagir en professionnels pour prévenir les risques », le Snpi leur demande de souscrire sans tarder une assurance « responsabilité civile professionnelle », de remplir une fiche d’alerte lors de chaque situation difficile, et de lui indiquer les présentations médicamenteuses sources de confusion, « afin de constituer une banque de données sur des présentations et étiquettes de médicaments qui majorent le risque d’erreur ».

Invité du Grand Rendez-Vous Europe 1/Le Parisien-Aujourd’hui en France, le ministre du Budget, Eric Woerth, a déclaré que « ces faits très tristes » ne devaient conduire ni à jeter le discrédit sur l’hôpital français ni à appeler systématiquement à une augmentation des moyens.

« Quitte à être impopulaire, je pense que l’hôpital a aujourd’hui les moyens de fonctionner », a-t-il dit, appelant à « une meilleure organisation ». Il a rappelé que « l’enveloppe financière réservée aux hôpitaux » augmenterait en 2009 de 3,1%, soit « plus que la plupart des autres services publics ».

Au contraire, les syndicats du monde hospitalier continuent de réclamer davantage de moyens humains et financiers. Dans un communiqué, le Syndicat national des praticiens hospitaliers anesthésistes-réanimateurs (Snphar) dénonce la logique de « rentabilité » à l’origine, selon lui, des drames récents : « Pour prévenir et détecter les erreurs, il faut du temps, de la sérénité, de la confiance collective. Depuis l’introduction d’un nouveau mode de financement des hôpitaux (...), il n’est plus question que de concurrence, de parts de marché à conquérir, de compression de personnel, de patients qui rapportent plus ou moins ».

Pour sa part, la ministre de la Santé a indiqué dans une interview au Journal du dimanche qu’elle allait organiser dès la mi-janvier une « réunion de retour d’expérience sur la permanence des soins » après la série de drames survenue dans les hôpitaux. « J’inviterai les quatre intersyndicales de praticiens hospitaliers, les huit syndicats de la fonction publique hospitalière et les représentants du Samu à une réunion de retour d’expérience sur la permanence des soins », a-t-elle déclaré.

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