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Le mépris des Députés pour la profession infirmière

16 avril 2015

L’infirmière a un rôle autonome depuis 1978. Elle effectue trois années d’études depuis 1981. Pourtant, la législation nous assimile à une simple « auxiliaire médicale » et non à une professionnelle de santé à part entière. Nous demandions aux Députés qu’au moins « l’infirmière de pratique avancée », au bout de cinq années d’études, dispose d’un statut spécifique, dans une logique de missions et non plus d’actes sur prescription ou protocoles.

Mais lors de l’examen de la loi de santé, les débats sur l’article 30 créant la pratique avancée en France ont été on ne peut plus clair sur le mépris affiché pour notre profession. Le puissant lobby médical ne veut pas d’une infirmière de pratique avancée (IPA) capable d’agir en autonomie. Avec un Master, elle a le même niveau d’études qu’une sage-femme, qui dispose d’une prescription limitée à son domaine de compétence. Mais après le passage par l’Assemblée Nationale, l’IPA serait une simple « auxiliaire médicale » soumise à un strict contrôle du médecin. Les sages-femmes sont elles dangereuses ? Agissent-elles hors de tout contrôle médical ? Alors pourquoi une IPA n’entrerait-elle pas dans ce cadre ?

Dans les autres pays, l’infirmière est l’acteur principal des soins de santé primaire. Elle fait moins d’actes médicaux, mais plus de prévention, d’accompagnement, d’écoute, de relation d’aide, d’éducation thérapeutique. On enregistre 330.000 infirmières de pratique avancée dans 25 pays du monde. Les Etats-Unis sont pionniers depuis les années 1960, avec 158.000 infirmières praticiennes (NP) et 53.000 cliniciennes spécialisées CNS (diagnostic et traitement, prise en charge des maladies chroniques…).

Il faut dire qu’après une longue tradition de soumission à l’autorité médicale, la règlementation française est basée sur un « décret d’actes », même si entre nous, nous parlons de « décret de compétences » car nous les réalisons dans une démarche réflexive qui montre un véritable raisonnement clinique. En Belgique, la législation parle d’un “art infirmier”, et « de collaborer à l’établissement du diagnostic par le médecin ». Cette référence à l’art est pertinente, car il se dégage des soins infirmiers un esprit d’autonomie, alors que la vie de l’institution hospitalière aurait tendance à l’écraser.

"Ni bonnes, ni nonnes, ni connes" était le slogan du grand mouvement infirmier de 1988, lorsque 100.000 infirmières ont défilé lors de manifestations, pendant un mois. Nous avons alors obtenu une revalorisation salariale de 30% sur trois ans.

Pour ne plus voir des technocrates décider pour les infirmières de ce qui est bien pour elles, la profession doit avoir un interlocuteur solide face au ministère. Depuis 2009, nous disposons d’un Ordre des Infirmiers pour rassembler la profession. Imaginez la force de 500.000 infirmières rassemblées dans une même structure !

L’objectif des partisans de cet Ordre est de disposer d’une organisation intervenant sur l’ensemble de l’exercice professionnel, sur le modèle des ordres des infirmières existant dans 18 autres pays d’Europe : Autriche, Danemark, Espagne, Finlande, Grèce, Irlande, Italie, Norvège, Portugal, Royaume-Uni, Suède, mais également Croatie, Estonie, Lettonie, Lituanie, Roumanie, Slovénie, et même Malte !

Cet Ordre des Infirmiers n’est pas une fin en soi. C’est l’instrument par lequel la profession doit enfin s’affirmer, et faire entendre une vision infirmière de la santé (prévention, éducation à la santé, accompagnement, relation d’aide).

La nuit du 9 avril, 19 députés, égarés dans une salle de 577 places, ont voté pour la suppression de l’Ordre des Infirmiers. Certes, le texte doit encore passer au Sénat, puis devant une Commission Mixte Paritaire (7 députés et 7 sénateurs), avant d’être soumis au Conseil Constitutionnel. Mais ce vote à la sauvette est la preuve d’un mépris profond pour notre profession. A 19, ils s’estiment le droit de détruire une organisation de 168.000 membres comme on écrase un moustique !

Que l’on soit pour ou contre un Ordre, cette attitude méprisante et méprisable est inadmissible. Défendez la profession infirmière en dénonçant cette injure par mail à envoyer à premier-ministre@cab.pm.gouv.fr, cab-ass-pos@sante.gouv.fr, touchepasamonordreinfirmier@laposte.net (pour le suivi de l’action) ou en signant les pétitions sur internet !

Voir également :
- http://www.syndicat-infirmier.com/L...
- http://cfecgc-santesocial.fr/touche...
- http://www.lexpress.fr/actualite/so...

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