Ni bonnes, ni nonnes : l’Honneur de la Profession

1er octobre 2009

L’actua­lité récente nous montre deux exem­ples du peu de consi­dé­ra­tion des auto­ri­tés pour notre pro­fes­sion :

Premièrement, les reva­lo­ri­sa­tions sala­ria­les liées au nou­veau pro­gramme de for­ma­tion dans le cadre de la réforme LMD Licence-Master-Doctorat. Ces négo­cia­tions se font dans le cadre des enga­ge­ments du Président de la République et de Roselyne Bachelot, qui ont indi­qué à de nom­breu­ses repri­ses que leurs objec­tifs étaient de reconnaî­tre les com­pé­ten­ces des infir­miè­res, et de rendre cette pro­fes­sion attrac­tive. Nous en sommes loin, avec une aumône de 15 euros par mois pour les "pau­vres peti­tes" infir­miè­res.

Deuxièmement, avec la cir­cu­laire Hortefeux du 21 août 2009 concer­nant l’orga­ni­sa­tion des "cen­tres de vac­ci­na­tion" H1N1. Alors que les infir­miè­res seront en pre­mière ligne, des bureau­cra­tes décrè­tent sans concer­ta­tion avec la pro­fes­sion un mode opé­ra­toire indus­triel en com­plète oppo­si­tion avec nos recom­man­da­tions de bonnes pra­ti­ques (3 inter­ve­nants pour un même acte) et notre éthique pro­fes­sion­nelle (2 minu­tes par patient).

Les infir­miè­res sont là pour répon­dre aux besoins de santé de la popu­la­tion, et toute per­sonne qui sou­haite se faire vac­ci­ner trou­vera tou­jours une IDE. Mais il est hors de ques­tion de faire n’importe quoi n’importe com­ment. De même qu’un fonc­tion­naire n’a pas à obéir à un ordre illé­gal, un pro­fes­sion­nel de santé a le droit de ne pas obtem­pé­rer à des consi­gnes admi­nis­tra­ti­ves contrai­res à son éthique et sa déon­to­lo­gie.

Ni bonnes, ni nonnes : les auto­ri­tés croient avoir affaire à des filles de salles doci­les, mais nous sommes des pro­fes­sion­nels de santé, et nous défen­drons tant la qua­lité des soins que la citoyen­neté des patients, d où notre refus de cau­tion­ner des "chai­nes de vac­ci­na­tions" qui relè­vent de la méde­cine vété­ri­naire.

Le contraste est sai­sis­sant entre le com­mu­ni­qué mora­li­sa­teur de l’Ordre des Médecins réa­gis­sant au fait qu’un méde­cin sur deux refuse de se faire vac­ci­ner, et le com­mu­ni­qué res­pon­sa­ble de l’Ordre des Infirmiers qui dénonce "Le choix de scin­der la pré­pa­ra­tion du vaccin entre plu­sieurs inter­ve­nants, impli­quant, de fait, que celui qui pré­pare n’est pas celui qui injecte. "

Notre "Ordre ne peut, tant d’un point de vue éthique que déon­to­lo­gi­que, cau­tion­ner une orga­ni­sa­tion met­tant les infir­miers en posi­tion de pra­ti­quer des actes clai­re­ment contrai­res aux Bonnes Pratiques Infirmières en usage, et peu en rap­port avec un niveau de qua­lité et de sécu­rité des soins que le contexte sani­taire et humain de cette cam­pa­gne de vac­ci­na­tion exige."

C est tout à l’Honneur de la pro­fes­sion de refu­ser que les per­son­nes ne soient plus que des "objets de soins". Pour Paul Ricoeur, "les vrais pro­blè­mes com­men­cent avec les excep­tions et les excu­ses. Toutes les cultu­res ont été confron­tées à cela : trou­ver quel­les sont les règles pour sup­pri­mer les règles. Voilà la véri­ta­ble éthique : les vrais pro­blè­mes, qui ne sont pas noirs ou blancs, pour ou contre, mais qui sont tou­jours dans l’entre-deux. L’entre-deux est le véri­ta­ble lieu de la dis­cus­sion morale".

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