Plan EHPAD : nos anciens vont encore souffrir du manque de moyens

Plan EHPAD : nos anciens vont encore souffrir du manque de moyens

31 mai 2018

Analyse du syndicat des infirmiers

Avec la "convergence tarifaire", le Gouvernement avait retiré 200 millions au budget 2018 des EHPAD public. Suite aux fortes mobilisations des 30.01.18 et 15.03.18 les personnels des EHPAD publics et privés (31,8% de taux de mobilisation), avec le soutien des familles et de la population, le ministère a revu sa copie.

Le 30.05.18, Agnès Buzyn a annoncé diverses mesures "Grand âge et autonomie". Mais derrière un discours consensuel, les moyens de suivent pas.

Une infirmière la nuit dans les EHPAD

Le ministère indique "Pour réduire les hospitalisations en urgence évitables, qui ont un impact négatif sur l’état de santé des personnes âgées, et sécuriser les prises en charges nocturnes au sein des EHPAD, les personnels pourront faire appel à une astreinte infirmière mutualisée entre plusieurs établissements d’un même territoire.
36 M€ (10 M€ en 2018, 10 M€ en 2019 et 16 M€ en 2020) seront consacrés à la généralisation de ce dispositif d’infirmiers de nuit."

"Avec 10 millions par an, on ne peut recruter que 280 infirmières pour exercer la nuit dans les 7500 Ehpad ! Derrière le slogan, les moyens ne suivent pas" explique Thierry Amouroux, porte-parole du Syndicat national des infirmiers SNPI CFE-CGC "C’est de la poudre aux yeux, la ministre joue au marchand de sable pour nous endormir" https://www.la-croix.com/Sciences-et-ethique/Sante/infirmieres-nuit-Ehpad-2018-05-30-1200943115

C’est d’autant plus incompréhensible que cette mesure s’autofinance par le moindre recours aux urgences et à l’hospitalisation !C’est ce qu’a montré l’expé­ri­men­ta­tion de l’ARS ile de France, sur la base d’une IDE de nuit pour 300 rési­dents soit pour 3 établissements pro­ches.

L’étude d’impact médico-économique de ce dis­po­si­tif expé­ri­men­tal, menée à partir d’indi­ca­teurs sur quatre ans et 22 EHPAD, montre une dimi­nu­tion signi­fi­ca­tive de la durée d’hos­pi­ta­li­sa­tion, avec 4 jours d’hos­pi­ta­li­sa­tion par an et par rési­dent en moins chez les rési­dents des Ehpad expé­ri­men­ta­teurs que chez ceux que des autres Ehpad.

L’expé­ri­men­ta­tion a aussi permis de dimi­nuer les hos­pi­ta­li­sa­tions des rési­dents de ces Ehpad après un pas­sage aux urgen­ces d’un tiers par rap­port aux autres établissements et a faci­lité les retours en établissement après un pas­sage aux urgen­ces, sou­li­gne l’ARS.
http://www.syndicat-infirmier.com/Mutualisation-une-infirmiere-de-nuit-pour-3-EHPAD-soit-300-residents.html

Sur les moyens humains auprès des résidents

Pour Thierry Amouroux, le porte parole du Syndicat National des Professionnels Infirmiers SNPI CFE-CGC, "la ministre fait de la prestidigitation : elle fait disparaître 200 millions d’une main, pour faire réapparaitre 143 millions de l’autre ! Au final sa prestation laisse un gout amer, car nous sommes loin du compte".

Le ministère indique "Afin de renforcer plus rapidement la présence de personnel soignant au sein des EHPAD, un effort supplémentaire de 143 M€ qui s’ajoute aux 217 M€ déjà prévus sur la période, soit au total 360 M€ de 2019 à 2021 destinées au recrutement de personnels soignants dans les établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes".

La nouveauté c’est donc 143 millions sur 3 ans, donc seulement 48 millions par an. Soit 1500 postes infirmiers (salaire avec les charges sociales de l’employeur). Plus pour des postes d’aides soignants. Alors que nous sommes à 0,6 agents par résident, soit moitié moins qu’en Allemagne ou dans les pays scandinaves.

La France compte 1,5 million de personnes de 85 ans et plus. A l’horizon 2050, elles seront 4,8 millions. Près de 7500 EHPAD accueillent plus de 600 000 personnes âgées et près de 760 000 personnes âgées en perte d’autonomie bénéficient des prestations d’un service d’aide et d’accompagnement à domicile.

Les montants proposés ne sont pas à la hauteur des enjeux.

"Le syndicat infirmier SNPI de la CFE-CGC est pour la création d’une cinquième branche pour financer l’autonomie et les ehpad, mais pas question d’une seconde journée de solidarité ! Les pauvres et les classes moyennes ont assez donné, aux grosses fortunes de contribuer !"

En effet, l’État étudie la possibilité d’une mise en place d’une seconde journée de solidarité, afin de financer l’aide aux personnes âgées.
Le SNPI CFE-CGC est contre cette idée : « Il y en a marre de faire payer toujours les mêmes (…) Il y a des choix financiers qui ont été faits. Les cinq milliards de suppression d’impôts sur la fortune, ils auraient pu être utilisés. C’est largement de quoi amorcer ce plan. Il faut vraiment mettre les moyens. Mais, par contre, il faut arrêter de taper toujours sur les mêmes personnes. Aujourd’hui, on voit les familles qui payent très cher un service qui n’est pas donné, parce qu’il n’y a pas assez de personnel. On voit quand même de grands groupes financiers privés (…) réaliser des bénéfices plus que records, alors que cet argent devrait être utilisé pour améliorer les conditions de vie de nos anciens. Donc il faut un vrai plan de service public. »
https://www.publicsenat.fr/article/societe/plan-dependance-ca-ne-remplace-meme-pas-la-suppression-des-contrats-aides-86472

Plan EHPAD : réaction du syndicat des infirmiers (vidéo Public Sénat) http://www.syndicat-infirmier.com/Plan-EHPAD-reaction-du-syndicat-des-infirmiers-video-Public-Senat.html

Voir le dossier du ministère : http://solidarites-sante.gouv.fr/IMG/pdf/dossier_de_presse_grandage-autonomie.pdf

Revue de presse :
- EHPAD : la feuille de route d’Agnès BUZYN fraîchement accueillie http://www.caducee.net/actualite-medicale/13957/ehpad-la-feuille-de-route-d-agnes-buzyn-fraichement-accueillie.html

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