Rapport Cour des Comptes 2018 : renforcer le rôle infirmier en vaccination

Renforcer le rôle infirmier sur la vaccination

3 mars 2018

Pour la Cour, il faut ouvrir plus largement aux infirmiers la possibilité de réaliser des vaccinations.

La Loi de santé publi­que de 2004 a fixé des objec­tifs de cou­ver­ture vac­ci­nale de 95% aux âges appro­priés, et de 75% pour les grou­pes cibles concer­nant grippe. Afin de résou­dre le flou en France entre les vac­ci­na­tions recom­man­dées et obli­ga­toi­res, en 2018 le minis­tère a décidé l’exten­sion à 11 vac­cins obli­ga­toi­res.

« La sim­pli­fi­ca­tion du par­cours vac­ci­nal en ville a depuis long­temps été iden­ti­fié comme l’un des leviers de pro­mo­tion de la vac­ci­na­tion. » indi­que la cour des comp­tes dans son Rapport de février 2018, qui consa­cre son cha­pi­tre 3 "La poli­ti­que vac­ci­nale : un enjeu de santé publi­que, une confiance à confor­ter". Or aujourd’hui, l’infir­mière est la prin­ci­pale pro­fes­sion­nelle de santé qui se déplace au domi­cile des patients.

Avec 600.000 mem­bres, la pro­fes­sion infir­mière est la plus nom­breuse dans le domaine de la santé et la mieux formée à la vac­ci­na­tion. C’est ce qu’a bien com­pris le Haut Conseil de Santé Publique en se pro­non­çant pour un élargissement des com­pé­ten­ces auto­no­mes des infir­miè­res.

Le Comité d’orien­ta­tion et de la concer­ta­tion citoyenne a, lui aussi, recom­mandé « plu­sieurs mesu­res visant à faci­li­ter le par­cours vac­ci­nal, notam­ment en s’appuyant sur les inter­ven­tions des sages-femmes et infir­miers ». Ceci est en cohé­rence avec la réponse qu’a appor­tée le Ministère de la Santé au rap­port de la Cour des Comptes : « Une poli­ti­que vac­ci­nale effi­cace doit tou­cher le plus grand nombre pour pro­té­ger la col­lec­ti­vité ».

Certaines vac­ci­na­tions néces­si­tent plu­sieurs doses comme le VHB ou le ménin­go­co­que. La pre­mière dose serait effec­tuée par un méde­cin puis le rappel par l’infir­mière.

De plus, le Comité d’orien­ta­tion de la concer­ta­tion citoyenne pré­co­ni­sait de recou­rir à l’école comme lieu de vac­ci­na­tion, mesure qui a prouvé son effi­cience dans de nom­breux pays comme la Grande-Bretagne, l’Australie et la Suède. Or la dimi­nu­tion des effec­tifs de méde­cins sco­lai­res met l’infir­mière au pre­mier plan. Elle pour­rait effec­tuer les rap­pels en rôle auto­nome, sans nou­velle pres­crip­tion médi­cale.

D’autre part, la cour des comp­tes pré­co­nise un outil de par­tage du statut vac­ci­nal.
La dif­fé­rence socio-cultu­relle est une cause iden­ti­fiée de dis­pa­rité vac­ci­nale sur le ter­ri­toire selon la cour des comp­tes. Malheureusement, la recher­che fran­çaise par rap­port à l’hési­ta­tion vac­ci­nale est quasi inexis­tante. Pourtant, elle per­met­trait de com­pren­dre les méca­nis­mes de l’hési­ta­tion vac­ci­nale, grâce aux scien­ces humai­nes, indis­pen­sa­ble pour lutter accom­pa­gner le dis­po­si­tif, et faire com­pren­dre l’inté­rêt géné­ral humain. L’infir­mière a un rôle pri­mor­dial dans la pré­ven­tion et a aussi des com­pé­ten­ces en scien­ces humai­nes. Pourquoi ne pas lancer une étude infir­mière sur l’hési­ta­tion vac­ci­nale ?

La Cour for­mule en consé­quence les recom­man­da­tions sui­van­tes à l’Etat :
- Généraliser le carnet de vac­ci­na­tion électronique
- Ouvrir plus lar­ge­ment aux pro­fes­sion­nels de santé autres que les pro­fes­sions médi­ca­les (infir­miers, phar­ma­ciens) la pos­si­bi­lité de réa­li­ser des vac­ci­na­tions
- Revenir sur la sus­pen­sion de l’obli­ga­tion de la vac­ci­na­tion contre la grippe des pro­fes­sion­nels de santé
- Impliquer acti­ve­ment la méde­cine sco­laire dans la vac­ci­na­tion et le cas échéant, per­met­tre des vac­ci­na­tions de rat­tra­page par des pro­fes­sion­nels de santé exté­rieurs à l’école.

Quelques cons­tats :
- Selon l’OMS, entre 2013 et 2016, la cou­ver­ture, en France, concer­nant le ROR n’était que de 79%. Malgré une nette aug­men­ta­tion, cela reste très insuf­fi­sant et a pro­vo­qué 24000 cas dont 10 décès entre 2008 et 2016.
- Pour le ménin­go­co­que C, on a cons­taté 298 cas dont 29 décès entre 2011 et 2016. La cou­ver­ture vac­ci­nale n’était que de 70% avec de fortes dis­pa­ri­tés sur le ter­ri­toire natio­nal (34,6% en Alpes de Haute Provence).
- Au 1er semes­tre 2015, une baisse de 5% de primo vac­ci­na­tion du nour­ris­son a été cons­ta­tée par Santé Publique France.

En ce qui concerne la grippe, la situa­tion d’un EHPAD avait été média­ti­sée pen­dant l’hiver 2016-17. L’épidémie avait fait 13 décès au sein de l’établissement. Selon une enquête de l’IGAS, seu­le­ment 40% des rési­dents était vac­ci­nés et 6 agents, eux-mêmes conta­mi­nés, ont par­ti­cipé invo­lon­tai­re­ment à la dif­fu­sion du virus.

Un tiers des 65-75ans pense que le vaccin anti­grip­pal n’est peu ou pas effi­cace alors qu’il a un « béné­fice risque » favo­ra­ble.
L’hési­ta­tion vac­ci­nale est telle que les fran­çais font plus confiance à l’homéo­pa­thie (73%) plutôt qu’aux vac­cins (69%). Cette réti­cence à la vac­ci­na­tion n’est pas un pro­blème seu­le­ment fran­çais même s’il y est lar­ge­ment majeur. Les réseaux sociaux sont un vec­teur d’infor­ma­tions impor­tant mais ne dif­fu­sant pas tou­jours des infor­ma­tions fia­bles, ce qui peut ali­men­ter cette hési­ta­tion.

Des études et des obser­va­tions sur l’alu­mi­nium ont été menées mais seu­le­ment par une équipe fran­çaise. L’Académie Nationale de Pharmacie ajoute que la quan­tité d’alu­mi­nium dans un vaccin est mineure com­pa­rée aux doses pré­sen­tes dans l’ali­men­ta­tion et la cos­mé­ti­que.

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