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Suicides infirmiers : ils n’ont aucun respect pour nos morts

Maltraitance institutionnelle : leur mépris n’a pas de limite, pour eux nous sommes des pions.

13 février 2017
suicides infirmiers

En quelques mois, six professionnels infirmiers se sont donné la mort, soit sur leur lieu de travail, soit en laissant une lettre explicite sur la souffrance au travail qui a motivé leur passage à l’acte.

En 2016, nous avons été choqués des silences de la ministre, plus prompte à pleurer les vitres cassées de l’hôpital Necker, que de réagir aux 5 premiers suicides infirmiers, nouveau signe de son mépris envers notre profession.

Mais ces derniers jours, le comportement de la technostructure est inadmissible.

Le 2 février, l’Igas, l’inspection générale des Affaires sociales, a publié son rapport suite à l’enquête ouverte fin août pour éclaircir les conditions du suicide d’un cadre infirmier de l’hôpital de Saint-Calais, le 5 juillet 2016. Dans ses courriers envoyés à la direction du centre hospitalier, à l’ARS et à sa famille, ce professionnel mettrait directement en cause la direction de l’établissement. Au final, les inspecteurs de la mission dédouanent la direction de l’établissement, tout en reconnaissant certaines tensions dans l’établissement. Un nauséabond "responsable mais pas coupable". Ces enquêteurs de l’administration centrale concluent qu’« il n’a pas été relevé de défaut d’organisation de l’établissement, ni de faute ou décision inappropriée de la direction » concernant ce cadre de santé, même s’ils écrivent que l’homme avait clairement fait le lien dans une lettre entre son travail et son suicide. Selon ces enquêteurs, le poste auquel il allait être affecté était très difficile,... mais adapté à un nouveau diplômé ! https://www.francebleu.fr/infos/fai...

La nuit du 5 au 6 février, un infirmier de l’hôpital parisien Georges Pompidou s’est défenestré. Il est venu spécialement un jour de repos sur son lieu de travail pour mettre fin à ses jours, après avoir mis sa tenue de travail, son message est donc clair. Non, pour la direction on ne peut pas faire le lien avec les conditions de travail ! Même cela, ils ne le respectent pas. C’est dire le fossé entre cette technostructure et le personnel hospitalier : vivants, ils ne nous écoutent pas, morts, ils refusent de nous entendre.

Le 10 février, la direction de l’hôpital du Havre vient à la télé présenter son rapport pour expliquer que les gens avaient besoin de parler, après le suicide le 24 juin 2016 d’une infirmière de 44 ans. La honte sur eux : 7 mois après son suicide, la direction ne l’a toujours pas reconnue en accident du travail. Dans sa lettre d’adieu, elle met en cause ses conditions de travail en dégradation constante. En poste en médecine, elle est envoyée en remplacement en réanimation pédiatrique. Bien qu’ayant signalé qu’elle ne se sentait pas à la hauteur pour assumer autant de responsabilités dans un service dont elle ne connaît pas les protocoles et l’emplacement du matériel, elle n’est pas entendue, et de nouveau déplacée. Les infirmières poussées au suicide par la souffrance au travail et la mobilité imposée ne sont que des kleenex pour eux ? Que font le ministère et la FHF pour obliger cette direction à assumer ses responsabilités dans cette tragédie ? Assez d’enquêtes, des actes ! Responsables et coupables ! http://france3-regions.francetvinfo...

"Prendre soin de ceux qui nous soignent" prétendait Marissol Touraine, tandis que ses serviteurs zélés pratiquaient l’inverse. Pour ces gens là, nous sommes de simples pions sur leur échiquier hospitalier. Mais ce sont eux les rouages de la machine, méprisants et méprisables, alors que nous les infirmières nous incarnons l’humanité !

Face à cette maltraitance institutionnelle, à leur condescendance, à leur mépris, à leur arrogance, réagissez, faites vous entendre lors de la grande mobilisation infirmière du mardi 7 mars, à l’appel des principales organisations infirmières : http://www.syndicat-infirmier.com/P...

Pour Thierry Amouroux, le Secrétaire Général du Syndicat National des Professionnels Infirmiers SNPI CFE-CGC, "les conditions de travail se dégradent un peu partout. La pression devient trop rude sur des professionnels que l’on pousse à bout (rappels sur repos, polyvalence imposée, perte de sens, sous-effectif, pression à l’activité). Ces réorganisations sont en rupture avec les valeurs soignantes, et débouchent sur une maltraitance des soignants et la mise en danger des patients."

"Entre injonctions paradoxales (augmenter l’activité avec moins d’agents), recherche d’une rentabilité immédiate, rationalisation des flux de patients en GHM (Groupe homogène de malades), et standardisation des procédures de soins, les professionnels de santé sont en grande souffrance." Selon Thierry Amouroux, « Cette maltraitance institutionnelle se développe sur une grande échelle, mais les directions adoptent la politique de l’autruche face aux difficultés psychiques de leurs salariés, ou font illusion en mettant en œuvre des plans de prévention cosmétiques sans prise sur le réel. »

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