Grève IBODE à Necker : un révélateur de la crise d’attractivité infirmière à l’hôpital

Grève IBODE à Necker : un révélateur de la crise d’attractivité infirmière à l’hôpital

4 juillet 2026

Un bloc opé­ra­toire ne se met pas en dif­fi­culté en quel­ques semai­nes. Il révèle sou­vent des fra­gi­li­tés qui s’ins­tal­lent depuis des années. A l’hôpi­tal Necker, les IBODE sont en grève depuis plu­sieurs semai­nes. Les orga­ni­sa­tions syn­di­ca­les et le CIB dénon­cent une pénu­rie impor­tante d’effec­tifs, un recours crois­sant à l’inté­rim et une dégra­da­tion des condi­tions de tra­vail au bloc opé­ra­toire pédia­tri­que.

Comme dans tout conflit social, chacun pré­sente sa lec­ture des faits. En revan­che, un cons­tat ne fait guère débat : le manque d’infir­miè­res de bloc opé­ra­toire est aujourd’hui une réa­lité dans de nom­breux établissements.

Lorsqu’une équipe se fra­gi­lise, ce ne sont pas seu­le­ment les pro­fes­sion­nels qui en subis­sent les consé­quen­ces. Ce sont aussi les patients. La fati­gue aug­mente le risque d’erreur. Les orga­ni­sa­tions devien­nent plus com­plexes. Les reports d’inter­ven­tions peu­vent se mul­ti­plier. Au final, c’est l’accès aux soins qui se dégrade.

Cette situa­tion ren­voie à une ques­tion plus large : l’attrac­ti­vité des pro­fes­sion­nels infir­miers. A l’AP-HP, qui emploie envi­ron 20 000 infir­miers, le solde entre les recru­te­ments et les départs reste certes légè­re­ment posi­tif en 2026 (+50 ETP), mais il s’est déjà dégradé par rap­port à 2025 (+146). Les recru­te­ments dimi­nuent, tandis que les départs aug­men­tent. Cette ten­dance est préoc­cu­pante, car elle inter­vient alors que près de 10% des lits de l’AP-HP demeu­rent fermés faute de pro­fes­sion­nels infir­miers. Le défi n’est donc plus seu­le­ment de recru­ter. Il est sur­tout de fidé­li­ser.

Les IBODE exer­cent une pro­fes­sion hau­te­ment spé­cia­li­sée. Leur exper­tise contri­bue chaque jour à la sécu­rité des inter­ven­tions chi­rur­gi­ca­les. Former ces pro­fes­sion­nels demande du temps. Les rem­pla­cer ne s’impro­vise pas. Chaque départ repré­sente une perte de com­pé­ten­ces dif­fi­ci­le­ment com­pen­sa­ble.

Le véri­ta­ble indi­ca­teur de per­for­mance d’un hôpi­tal ne réside pas uni­que­ment dans son acti­vité, mais aussi dans sa capa­cité à conser­ver des équipes expé­ri­men­tées et enga­gées. Investir dans de meilleu­res condi­tions de tra­vail, une rému­né­ra­tion plus attrac­tive et des orga­ni­sa­tions plus sou­te­na­bles n’est pas une dépense : c’est une condi­tion de la qua­lité et de la sécu­rité des soins.

La crise actuelle ne se résume donc pas à un conflit local. Elle révèle une dif­fi­culté plus pro­fonde : notre sys­tème de santé peine à fidé­li­ser les pro­fes­sion­nels dont il a pour­tant le plus besoin. La qua­lité des soins dépend des com­pé­ten­ces. Mais elle dépend tout autant des condi­tions dans les­quel­les ces com­pé­ten­ces peu­vent s’exer­cer.

Attendre que les équipes s’épuisent avant d’agir coûte tou­jours plus cher que d’inves­tir dura­ble­ment dans l’attrac­ti­vité des métiers, la qua­lité de vie au tra­vail et la reconnais­sance des exper­ti­ses. Parce que pro­té­ger les soi­gnants, c’est aussi pro­té­ger les patients.

Parce que l’on ne pré­ser­vera dura­ble­ment notre sys­tème de santé qu’en don­nant aux infir­miè­res les moyens d’y cons­truire leur avenir.

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