Le mépris des Députés pour la profession infirmière

12 avril 2015

L’infir­mière a un rôle auto­nome depuis 1978. Elle effec­tue trois années d’études depuis 1981. Pourtant, la légis­la­tion nous assi­mile à une simple « auxi­liaire médi­cale » et non à une pro­fes­sion­nelle de santé à part entière. Nous deman­dions aux Députés qu’au moins « l’infir­mière de pra­ti­que avan­cée », au bout de cinq années d’études, dis­pose d’un statut spé­ci­fi­que, dans une logi­que de mis­sions et non plus d’actes sur pres­crip­tion ou pro­to­co­les.

Mais lors de l’examen de la loi de santé, les débats sur l’arti­cle 30 créant la pra­ti­que avan­cée en France ont été on ne peut plus clair sur le mépris affi­ché pour notre pro­fes­sion. Le puis­sant lobby médi­cal ne veut pas d’une infir­mière de pra­ti­que avan­cée (IPA) capa­ble d’agir en auto­no­mie. Avec un Master, elle a le même niveau d’études qu’une sage-femme, qui dis­pose d’une pres­crip­tion limi­tée à son domaine de com­pé­tence. Mais après le pas­sage par l’Assemblée Nationale, l’IPA serait une simple « auxi­liaire médi­cale » sou­mise à un strict contrôle du méde­cin. Les sages-femmes sont elles dan­ge­reu­ses ? Agissent-elles hors de tout contrôle médi­cal ? Alors pour­quoi une IPA n’entre­rait-elle pas dans ce cadre ?

Dans les autres pays, l’infir­mière est l’acteur prin­ci­pal des soins de santé pri­maire. Elle fait moins d’actes médi­caux, mais plus de pré­ven­tion, d’accom­pa­gne­ment, d’écoute, de rela­tion d’aide, d’éducation thé­ra­peu­ti­que. On enre­gis­tre 330.000 infir­miè­res de pra­ti­que avan­cée dans 25 pays du monde. Les Etats-Unis sont pion­niers depuis les années 1960, avec 158.000 infir­miè­res pra­ti­cien­nes (NP) et 53.000 cli­ni­cien­nes spé­cia­li­sées CNS (diag­nos­tic et trai­te­ment, prise en charge des mala­dies chro­ni­ques…).

Il faut dire qu’après une longue tra­di­tion de sou­mis­sion à l’auto­rité médi­cale, la règle­men­ta­tion fran­çaise est basée sur un « décret d’actes », même si entre nous, nous par­lons de « décret de com­pé­ten­ces » car nous les réa­li­sons dans une démar­che réflexive qui montre un véri­ta­ble rai­son­ne­ment cli­ni­que. En Belgique, la légis­la­tion parle d’un “art infir­mier”, et « de col­la­bo­rer à l’établissement du diag­nos­tic par le méde­cin ». Cette réfé­rence à l’art est per­ti­nente, car il se dégage des soins infir­miers un esprit d’auto­no­mie, alors que la vie de l’ins­ti­tu­tion hos­pi­ta­lière aurait ten­dance à l’écraser.

"Ni bonnes, ni nonnes, ni connes" était le slogan du grand mou­ve­ment infir­mier de 1988, lors­que 100.000 infir­miè­res ont défilé lors de mani­fes­ta­tions, pen­dant un mois. Nous avons alors obtenu une reva­lo­ri­sa­tion sala­riale de 30% sur trois ans.

Pour ne plus voir des tech­no­cra­tes déci­der pour les infir­miè­res de ce qui est bien pour elles, la pro­fes­sion doit avoir un inter­lo­cu­teur solide face au minis­tère. Depuis 2009, nous dis­po­sons d’un Ordre des Infirmiers pour ras­sem­bler la pro­fes­sion. Imaginez la force de 500.000 infir­miè­res ras­sem­blées dans une même struc­ture !

L’objec­tif des par­ti­sans de cet Ordre est de dis­po­ser d’une orga­ni­sa­tion inter­ve­nant sur l’ensem­ble de l’exer­cice pro­fes­sion­nel, sur le modèle des ordres des infir­miè­res exis­tant dans 18 autres pays d’Europe : Autriche, Danemark, Espagne, Finlande, Grèce, Irlande, Italie, Norvège, Portugal, Royaume-Uni, Suède, mais également Croatie, Estonie, Lettonie, Lituanie, Roumanie, Slovénie, et même Malte !

Cet Ordre des Infirmiers n’est pas une fin en soi. C’est l’ins­tru­ment par lequel la pro­fes­sion doit enfin s’affir­mer, et faire enten­dre une vision infir­mière de la santé (pré­ven­tion, éducation à la santé, accom­pa­gne­ment, rela­tion d’aide).

La nuit du 9 avril, 19 dépu­tés, égarés dans une salle de 577 places, ont voté pour la sup­pres­sion de l’Ordre des Infirmiers. Certes, le texte doit encore passer au Sénat, puis devant une Commission Mixte Paritaire (7 dépu­tés et 7 séna­teurs), avant d’être soumis au Conseil Constitutionnel. Mais ce vote à la sau­vette est la preuve d’un mépris pro­fond pour notre pro­fes­sion. A 19, ils s’esti­ment le droit de détruire une orga­ni­sa­tion de 168.000 mem­bres comme on écrase un mous­ti­que !

Que l’on soit pour ou contre un Ordre, cette atti­tude mépri­sante et mépri­sa­ble est inad­mis­si­ble. Défendez la pro­fes­sion infir­mière en dénon­çant cette injure par mail à envoyer à pre­mier-minis­tre@­cab.pm.gouv.fr, cab-ass-pos@­sante.gouv.fr, tou­che­pa­sa­mo­nor­drein­fir­mier@­la­poste.net (pour le suivi de l’action) ou en signant les péti­tions sur inter­net !

Voir également :
- http://www.syn­di­cat-infir­mier.com/L-abro­ga­tion-de-l-Ordre-des.html
- http://cfecgc-san­te­so­cial.fr/touche-pas-a-mon-ordre/
- http://www.lex­press.fr/actua­lite/societe/sante/la-sup­pres­sion-de-l-ordre-des-infir­miers-menace-t-elle-la-secu­rite-des-patients_1671702.html

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