IBODE bloc opératoire

Lettre ouverte des infirmiers de bloc opératoire

Lettre ouverte des infirmiers de bloc opératoire du bloc pédiatrique commun du CHU NECKER AP-HP (mars 2010)

21 décembre 2011

Qui sommes nous ?

On nous appelle « les panseuses », nous sommes Infirmiers de Bloc Opératoire Diplômés d’Etat [IBODE]. N’ayant pas l ‘exclusivité de fonction comme les IADE, nous travaillons en collaboration avec des Infirmiers [IDE] ayant décidé de travailler au bloc opératoire. Nous appartenons, à l’équipe pluridisciplinaire qui œuvre autour du patient en salle d’opération.

Que faisons-nous ?

Nous accueillons le patient dès son arrivée au bloc opératoire et l’accompagnons jusqu’à sa sortie en salle de réveil. Notre fonction consiste à préparer la salle d’opération, les dispositifs médicaux stériles et les appareils électro chirurgicaux nécessaires à l’intervention, à veiller à la sécurité du patient au cours du geste chirurgical, à faire respecter les mesures d’hygiène et d’asepsie. Nous faisons partie intégrante de l’équipe chirurgicale puisque nous remplissons alternativement les rôles de panseuse circulante (celle qui va servir l’équipe opératoire), panseuse instrumentiste (sur le champ opératoire), parfois aide opératoire selon les besoins.

Notre prise en charge ne se limite pas à ces seuls gestes. Un cadre législatif et administratif encadre notre travail : check-list, fiche de recueil des données péri opératoires, fiche de traçabilité des dispositifs médicaux stériles en liaison avec la stérilisation centrale et la pharmacie, fiche de traçabilité des dispositifs médicaux implantables, fiche de liaison avec le service d’hospitalisation, logiciel informatique de gestion du programme opératoire à renseigner. Les tâches sont nombreuses, à réaliser dans un temps restreint et nous sommes les seuls à les effectuer. Notre présence est indispensable pour qu’une salle d’opération fonctionne !!!

Malheureusement, comme dans tous les blocs, nous manquons de personnel infirmier de bloc opératoire. Nous courons donc en permanence, les actes sont effectués dans la précipitation. Certaines interventions, le nécessitant, ne sont pas instrumentées, ce qui a pour effet l’augmentation de la durée de l’intervention et tout cela au détriment de la qualité des soins.

Pourquoi faisons-nous grève ?

Le 2 février 2010 un nouveau protocole d’accord est proposé à la validation de Madame Bachelot. C’est pourquoi nous voulons vous faire part de nos réelles conditions de travail qui, hélas, se dégradent progressivement.

Nous ne contestons pas la nécessité de regrouper des plateaux techniques (de nombreux hôpitaux ferment). Cela génère un surcroît d’activité nécessitant l’ouverture de plages horaires plus longues dans la journée opératoire. Malheureusement les infirmiers de bloc opératoire sont peu nombreux. En tout cas pas assez nombreux pour étaler les horaires de travail sur la journée jusqu’à la fin des programmes opératoires immédiatement relayés par la prise en charge des urgences. Les fins de journée sont parfois dramatiques car nous sommes pris en « otage » entre l’enfant sur la table d’opération et l’organisation de notre vie personnelle.

Les candidats à notre profession, contraignante mais aussi intéressante, se raréfient. Des renforts espagnols sont venus à une époque, que nous avons dû former pendant plusieurs mois qui sont maintenant repartis… Cela nous a demandé un supplément d’énergie sans bénéfice pour autant. Nous ne pouvons plus pallier les différentes exigences, à savoir : nombreuses gardes, transplantations voire prélèvements multi organes de plus en plus fréquents qui bousculent les interventions chirurgicales planifiées, l’évolution des techniques opératoires assistées d’informatique, de robotique demandant constamment une rapide mise à niveau de nos connaissances, longues instrumentations indispensables quand le chirurgien opère sous microscope ou avec loupes, mais aussi lors de techniques chirurgicales innovantes ou visant à la mise en place de prothèses ou de matériel d’ostéosynthèse, etc.

Enfin, l’activité au bloc opératoire est telle que nous sommes dans l’exécution immédiate et plus du tout dans le travail de fond (actualisation des procédures, analyse des pratiques, organisation, formation des élèves IBODE et nouvelles IDE intégré au bloc opératoire, entretien du matériel et des locaux).

L’augmentation de notre activité, reconnue officiellement par notre directeur des soins, associée à la diminution de nos effectifs, contribue fortement à nous épuiser physiquement et moralement. Nous constatons d’ailleurs de plus en plus d’absentéisme. Chaque année, nous sommes effarés par le nombre de jour de congés, RTT, repos de garde, heures supplémentaires qui n’ont pu être pris ou récupérés. Il est difficile de les planifier si nous voulons assurer les programmes opératoires, la qualité et la continuité des soins.

Nous entrons dans une spirale infernale qui ne nous permet plus d’assurer des soins de qualité, en toute sécurité pour les patients. La pénurie de personnel entraîne un glissement de tâches, exemple vécu : l’IBO brancarde le patient, pendant que le cadre fait les pleins, et que le chirurgien lave par terre. Malgré tout nous aimons notre métier !

Quels sont nos revendications ?

1) Conscients de ne pas être reconnus à notre juste valeur et que le métier de « panseuse » n’est plus attractif, nous demandons une reconnaissance professionnelle passant par une reconnaissance financière.
-  Une véritable revalorisation salariale pour la profession infirmière (IDE et IBODE) sur une grille A type pour attirer d’avantage de personnel au bloc opératoire.
-  La reconnaissance des infirmiers spécialisés en master.
-  La reconnaissance de la pénibilité de la profession infirmière( catégorie active et bonification d’un an tous les 10 ans : Nous travaillons de garde, d’astreinte, de jour, de nuit, le week-end, la semaine, parfois en 3X8. Notre métier est pénible physiquement et psychologiquement. Pouvons nous travailler dans ces conditions passé 55 ans ?)
-  L’augmentation de la prime de week-end et une revalorisation conséquente de la prime de nuit (actuellement un euro de l’heure !)

2) Pour le maintien et le revalorisation de notre spécialisation d’infirmière de bloc opératoire IBODE (18 mois de formation supplémentaire) :
- Le protocole dit : « Un accès facilité à ces nouvelles spécialités sera ouvert aux professionnels expérimentés par la validation des acquis de l’expérience et par des formations complémentaires. Ainsi, sera mise en place en priorité, pour les agents pouvant y prétendre, l’ouverture à la validation des acquis de l’expérience des diplômes d’infirmier spécialisé de bloc opératoire. »
- Sommes-nous prêts à dévaloriser notre spécialisation ? Nous pensons que nos compétences ne s’acquièrent pas par mimétisme mais par un approfondissement de nos connaissances. Nous sommes IBODE, nous avons les connaissances et compétences pour travailler dans toutes les disciplines que proposent la chirurgie, que se soit en tant que circulante, instrumentiste et aide opératoire.
- Comment acquérir ces compétences sans une formation de qualité que propose notre Diplôme d’Etat !!
- A ce jour, les IBODE ne peuvent pas être seuls à exercer au bloc opératoire par manque de candidat, et parce qu’il faut donner la chance à un IDE de découvrir et opter pour notre métier. Nous ne sommes, de ce fait, pas en position de demander l’exclusivité de notre profession. Ne bradons pas notre spécialisation juste par manque de personnel. Battons-nous contre la mise en place de la validation des acquis de l’expérience des diplômes d’infirmier spécialisé de bloc opératoire qui risque de voir disparaitre notre diplôme.

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