Ethique clinique, Relation soignant soigné

Peut-on soigner sans prendre soin ?

28 septembre 2008

L’accompagnement des ultimes étapes de la fin de vie sollicite des normes et références, qu’elles soient techniques, juridiques, déontologiques, culturelles et philosophiques.

Soigner et prendre soin relèvent de conceptions complémentaires et interdépendantes des pratiques professionnelles médicales et paramédicales :
- soigner consiste à traiter la maladie, compenser un déficit dans une démarche technique pertinente et validée ;
- prendre soin vise, au-delà de la technicité du geste, à soulager les symptômes, diminuer la souffrance et donc favoriser l’autonomie et le confort de la personne.

Cette attitude témoigne d’un souci à l’égard de la personne reconnue dans la globalité de ses attentes et choix. Elle procède d’un savoir-faire créatif visant à la constante recherche d’un équilibre entre, d’une part, le partage et la prise en compte de connaissances actualisées et, d’autre part, le plus juste positionnement des différents partenaires engagés dans le soin.

Le « prendre soin » nécessite compétence, attention, écoute, tact et discrétion afin de préserver le sens et la justesse des décisions adoptées dans la concertation. Le soutien et le renforcement de ces pratiques professionnelles nécessitent des moyens en termes de formation spécifique et de dispositifs adaptés.

L’exigence d’un soin de qualité justifie des échanges au sein des équipes mais aussi la faculté reconnue aux professionnels de santé d’exprimer leurs positions personnelles. En effet, l’implication personnelle peut trouver ses limites. Il doit donc être envisagé et rendu possible de relayer un soignant qui s’estime dans l’incapacité de se maintenir auprès d’une personne dans une relation d’accompagnement.

L’organisation de la continuité d’un soin pertinent et respectueux relève de relais et de modes de communication structurés qu’il convient de soutenir par l’attribution des moyens indispensables à leur efficience.

Recommandations :
- Introduire l’apprentissage à l’écoute dans le cursus des formations suivies par l’ensemble des professionnels et acteurs de santé.
- Ne jamais ramener l’approche de la personne aux aspects immédiats de son âge, de sa maladie ou de son handicap. Au-delà de son état de santé, la personne doit être reconnue dans son humanité, ses valeurs et ses droits.
- S’efforcer en toute circonstance de concevoir les projets d’accompagnement de la personne en tenant compte de ses choix, de ses ressources et des capacités de son environnement.
- Intégrer à la démarche qualité l’évaluation des critères et modalités d’information de la personne et de prise en compte de ses choix. Être attentif à cet égard au respect des principes de confidentialité, de transparence et d’intégrité.
- Favoriser dans le cadre d’une réforme des procédures administratives l’accès direct des personnes aux droits sociaux qui leur sont indispensables. Une telle mesure contribuera à l’atténuation des multiples difficultés auxquelles la personne malade et ses proches sont confrontés en fin de vie.
- Promouvoir ce qui contribuerait à restituer une valeur sociale, une estime de soi à des personnes aux marges de la société, souvent éprouvées par un sentiment d’indifférence et d’abandon.
- Préserver les droits et intérêts des personnes face aux pressions et dérives commerciales en fin de vie.
- Veiller à déclencher la protection juridique des personnes en situation de vulnérabilité.
- Promouvoir les projets de recherche de nature à identifier les enjeux propres aux situations de crise en phase terminale de la vie, en institution ou au domicile.

Source : ANAES 2004, L’accompagnement des personnes en fin de vie et de leurs proches (Texte des recommandations)

Partager l'info



 


toute l’Actualité