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Relation soignant-soigné : affirmer nos compétences autonomes

Intervention de Thierry Amouroux, Secrétaire Général du SNPI, à l’ouverture des Etats Généraux Infirmiers, organisés en décembre 2012 à l’initiative de trois syndicats infirmiers : le SNPI pour les infirmières salariées du privé et du public, le SNIIL pour les infirmières libérales, le SNIES pour les infirmières de l’éducation nationale.

9 décembre 2012

Ces « Etats Généraux Infirmiers 2012 » ont pour thème « Affirmer nos compétences autonomes », car en France cela ne va pas de soi, nous devons supporter le poids de notre histoire, coincés entre l’administration et le corps médical.

La profession infirmière doit déjà s’affirmer dans les établissements hospitaliers, parce qu’elle réalise une démarche de synthèse, indispensable pour individualiser les soins, indispensable pour appréhender l’homme comme une personne. Déterminer les actions à entreprendre, les comportements à adopter, impose une vue globale, qui contredit l’analyse qui découpe et isole une fonction, face à cette « tarification à l’activité » et ses impitoyables GHM « groupes homogènes de malades ».

L’infirmière salariée doit faire face à la pression institutionnelle, qui constitue une force réductrice, amenuisant les rôles de l’infirmière aux seules dimensions productive, organisationnelle, technique et économique, pour en faire un simple rouage d’une organisation hiérarchisée et bureaucratisée.

La profession infirmière est autant marquée par la subtilité, la spontanéité, la créativité et l’intuition, que par la science et la technique. D’où sa difficile reconnaissance dans un univers biomédicalisé, où les principes de gestion veulent tout paramétrer pour mieux maîtriser l’activité.

“L’architecture, c’est ce qui reste de l’édifice, la pierre ôtée” : la définition de Plotin nous montre combien la volonté de décomposer à tout prix les soins infirmiers, est aussi absurde que de penser comprendre une œuvre d’art en la décomposant en ses divers éléments. La tentation technicienne est toujours de réduire le réel au mesurable, et donc d’éliminer tout ce qui n’est pas observable, tout le qualitatif, en ignorant ainsi les aspects les plus profonds de la pratique infirmière.

Société civile

Il nous faut également « Affirmer nos compétences autonomes » à la société. Certes, les infirmières et les pompiers sont les professions les plus populaires. Mais nous sommes souvent mal aimées. Comparons deux professions proches, infirmière et Kiné : même niveau d’études, même grille salariale. Lorsque l’on vous demande votre profession, dans une soirée ou ailleurs, et que vous répondez « infirmière », vous avez tout de suite droit à « Oh ma pauvre, cela doit être dur, je vous plains ». Mais pas le kiné.

Lorsqu’un médecin de ville prescrit un pansement, il peut détailler l’antiseptique et la taille des compresses qu’il souhaite. Mais il va prescrire « x séances de kiné », sans détailler ni la technique de massage, ni la crème à utiliser.

Pourtant, si dans le passé l’infirmière était une servante dévouée, aujourd’hui elle se situe sur le plan de la complémentarité : dans combien d’unités de soins les internes, qui passent le temps d’un semestre, sont-ils conseillés par des infirmières présentes depuis des années dans le service, et auxquelles le chef de service accorde toute sa confiance ? Chacun met au service de l’autre ses connaissances, sa technique, son art.

Milieu universitaire

Au vu du référentiel de formation français, il est indispensable d’« Affirmer nos compétences autonomes » au milieu universitaire, qui nous a refusé la création d’une filière en sciences infirmières, lors de la dernière réforme du diplôme. Celle ci existe pourtant déjà depuis des décennies dans les autres pays de l’Union Européenne. Alors qu’en France, les sciences infirmières se voient diluées dans d’autres disciplines comme la médecine, la psychologie, la sociologie, etc…

Mais il nous faut aussi affirmer l’importance de nos compétences autonomes à certaines de nos consœurs, qui ne voient le « rôle propre infirmier » qu’à travers les soins de confort et d’hygiène. A l’hôpital, “prendre soin” n’est guère valorisé, et cette fonction est souvent déléguée à l’aide-soignante.

Il est normal qu’une infirmière débutante ait besoin de se rassurer aux travers des soins techniques. Mais l’infirmière française à tendance à trop se consacrer aux actes relevant du rôle délégué, voire à les consacrer. Il faut dire que la règlementation française est basée sur un « décret d’actes », même si entre nous, nous parlons de « décret de compétences », pour éviter cette image de tâcheronne, pardon, d’auxiliaire médicale.

Modèles étrangers

En Belgique, la législation parle d’un “art infirmier”, et, je cite « de collaborer à l’établissement du diagnostic par le médecin ». Cette référence à l’art est pertinente, car il se dégage des soins infirmiers un esprit d’autonomie, qui imprime la marque de l’être libre, sur la vie de l’institution hospitalière qui aurait tendance à l’écraser.

Dans les autres pays, l’infirmière est l’acteur principal des soins de santé primaire. Elle fait moins d’actes médicaux, mais plus de prévention, d’accompagnement, d’écoute, de relation d’aide, d’éducation thérapeutique.

L’habilité technique est un préalable indispensable, car on ne peut entrer en relation qu’avec quelqu’un dont on la confiance, mais la prestation infirmière passe aussi par une présence et une écoute authentique. L’infirmière est là pour rappeler au malade, en pyjama, allongé et affaibli, que le fait pour elle d’être debout et dans un uniforme blanc, ne lui retire pas sa citoyenneté, qu’il est avant tout un être humain, reconnu comme une personne, et non « l’appendicite du 12 ».

L’accompagnement véritable consiste à faire un bout de chemin avec le malade, c’est-à-dire aller à sa rencontre sur le chemin qui est le sien. Soigner, c’est refuser une relation infantilisante et paternaliste, c’est aider celui qui souffre à sortir de son isolement, à bâtir un projet de vie compatible avec son état.

Depuis la révolution pasteurienne, et le passage de la médecine hippocratique à la médecine scientifique, la profession infirmière a recouru de plus en plus à la technique, suivant en cela les progrès de la médecine, et la modernisation des structures de soins. Dans le même temps, elle a su conserver ce qui fait sa spécificité, c’est-à-dire une relation humaine très profonde, et de tous les instants, avec les patients, liée à la permanence des soins.

Ces deux caractéristiques doivent être maintenues : il ne peut être question de privilégier l’une aux dépens de l’autre, sous peine, soit de retourner au XIXe siècle, soit de concourir à une déshumanisation des soins.

Nous devons « Affirmer nos compétences autonomes » pour rappeler aux décideurs institutionnels, que l’approche humaine de la relation avec le patient et son entourage est aussi importante que la technicité croissante de la santé.

Intervention de Thierry Amouroux, Secrétaire Général du SNPI CFE-CGC lors de l’ouverture des Etats Généraux Infirmiers (Paris, 04.12.12, "Consultation, prévention, tutorat... Affirmer nos compétences autonomes"), organisés à l’initiative de trois syndicats infirmiers : le SNPI pour les infirmières salariées du privé et du public, le SNIIL pour les infirmières libérales, le SNIES pour les infirmières de l’éducation nationale.

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