Soins infirmiers : une exposition révèle le rôle stratégique des infirmières

Soins infirmiers : une exposition révèle le rôle stratégique des infirmières

14 avril 2026

Soigner a tou­jours existé. Bien avant les hôpi­taux. Bien avant les pro­to­co­les. Et pour­tant, ceux qui soi­gnent res­tent encore lar­ge­ment invi­si­bles dans le débat public. A Lausanne, l’expo­si­tion « Soins infir­miers : passé, pré­sent… et futur ? » répond à cette ques­tion avec une ambi­tion rare : raconter, expli­quer, et sur­tout faire res­sen­tir ce qu’est le soin dans toute sa pro­fon­deur. Elle ne raconte pas seu­le­ment une pro­fes­sion. Elle inter­roge notre rap­port au soin.

Portée par La Source - Haute École de la Santé, en col­la­bo­ra­tion avec le CHUV et l’Université de Lausanne, cette expo­si­tion dépasse lar­ge­ment le cadre cultu­rel. Elle pose une ques­tion poli­ti­que et socié­tale : quelle place vou­lons-nous donner au soin dans notre modèle de société ?

Hier : une science née dans l’ombre

Oui, les soins ont tou­jours existé. Dans les famil­les. Dans les com­mu­nau­tés. Dans les gestes du quo­ti­dien.

Mais le XIXe siècle marque un tour­nant. Avec des figu­res comme Florence Nightingale, le soin devient une pra­ti­que orga­ni­sée, fondée sur l’obser­va­tion, l’hygiène, l’ana­lyse. Une science émerge.

Et pour­tant, cette reconnais­sance reste incom­plète. Parce que fémi­ni­sée. Parce que consi­dé­rée comme une exten­sion du rôle social plutôt que comme un savoir auto­nome.

L’expo­si­tion le rap­pelle sans détour : les infir­miè­res ont été en pre­mière ligne des crises sani­tai­res, des guer­res, des épidémies. Mais leur contri­bu­tion est restée en grande partie effa­cée du récit domi­nant. Un oubli qui n’est pas anodin. C’est lui qui struc­ture encore aujourd’hui le manque de reconnais­sance.

Aujourd’hui : une profession centrale… mais encore bridée

Le cons­tat est connu. Les infir­miè­res sont par­tout dans le sys­tème de santé. A l’hôpi­tal. A domi­cile. A l’école. En santé au tra­vail. En pré­ven­tion. En santé men­tale. En coor­di­na­tion. Et pour­tant, leur rôle reste mal com­pris. Réduit trop sou­vent à une suc­ces­sion d’actes tech­ni­ques.

L’expo­si­tion décons­truit cette vision. Elle montre que la pra­ti­que infir­mière repose sur trois piliers :
 Le rai­son­ne­ment cli­ni­que
 La rela­tion soi­gnant-soigné
 La coor­di­na­tion des par­cours de santé

Ce que les réfé­ren­tiels inter­na­tio­naux rap­pel­lent depuis des années (de l’OMS à l’OCDE) appa­raît ici de manière concrète : la qua­lité des soins dépend direc­te­ment du temps et de l’exper­tise infir­mière.

Et un point res­sort avec force : le soin rela­tion­nel est le cœur du soin. Écouter. Expliquer. Soutenir. Prévenir. Des actes invi­si­bles, mais déter­mi­nants pour la sécu­rité et l’effi­ca­cité des prises en charge. C’est pré­ci­sé­ment cette dimen­sion que notre sys­tème conti­nue de sous-évaluer.

L’expo­si­tion met aussi en lumière les com­bats actuels : reconnais­sance aca­dé­mi­que, auto­no­mie cli­ni­que, lutte contre les sté­réo­ty­pes.

Demain : une profession clé face aux défis sanitaires majeurs

Vieillissement de la popu­la­tion. Explosion des mala­dies chro­ni­ques. Crise de la santé men­tale. Pression sur les sys­tè­mes de santé. Les défis sont connus. Documentés. Anticipés. La ques­tion n’est plus de savoir s’ils vont arri­ver. Mais si nous sommes prêts.

Et sur ce point, l’expo­si­tion est claire : la pro­fes­sion infir­mière est une des clés. Non seu­le­ment pour soi­gner. Mais pour pré­ve­nir, accom­pa­gner, éduquer, orien­ter, coor­don­ner. Autrement dit, pour faire évoluer le sys­tème vers plus de per­ti­nence.

Encore faut-il en tirer les consé­quen­ces. Car aujourd’hui, le déca­lage est majeur :
 des besoins de santé en forte crois­sance
 une pro­fes­sion essen­tielle, mais insuf­fi­sam­ment reconnue, valo­ri­sée, et sou­te­nue

Ce cons­tat est docu­menté à l’échelle inter­na­tio­nale : pénu­rie infir­mière, épuisement, sous-valo­ri­sa­tion (OMS, OCDE). Mais ici, il prend une dimen­sion sen­si­ble. On com­prend que la pro­fes­sion infir­mière n’est pas seu­le­ment une réponse aux besoins de santé. Elle est un indi­ca­teur du niveau d’huma­nité d’une société.

Besoins crois­sants en soins de longue durée. Transformation numé­ri­que et intel­li­gence arti­fi­cielle. Inégalités socia­les de santé. Pénurie mon­diale de soi­gnants. Dans ce contexte, la pro­fes­sion infir­mière appa­raît comme une res­source stra­té­gi­que, pour réor­ga­ni­ser le sys­tème de santé autour des besoins réels des popu­la­tions.

Une exposition qui dérange… et qui oblige

Cette expo­si­tion n’est pas neutre. Elle engage. Parce qu’elle met chacun face à une réa­lité simple : le soin ne tient pas seu­le­ment sur des tech­ni­ques ou des orga­ni­sa­tions. Il repose sur une pré­sence humaine. Disponible. Compétente. Engagée.

En don­nant à voir les témoi­gna­ges, en ren­dant visi­bles les pra­ti­ques, en impli­quant les visi­teurs, elle trans­forme une expo­si­tion en expé­rience. Et elle pose une ques­tion fron­tale : quelle place vou­lons-nous donner au soin dans notre société ?

Nous avons cons­truit un sys­tème de santé centré sur la mala­die. Mais insuf­fi­sam­ment centré sur le soin. Or, sans soins infir­miers :
 pas de conti­nuité des prises en charge
 pas de pré­ven­tion effi­cace
 pas de qua­lité dura­ble

"Continuer à penser le sys­tème de santé sans partir des infir­miè­res, c’est cons­truire sur du sable. Le geste soigne. Mais c’est aussi la rela­tion qui guérit. Cette réa­lité, connue des soi­gnants, reste encore trop peu inté­grée dans les poli­ti­ques de santé. L’expo­si­tion de Lausanne a le mérite de la rendre visi­ble. « Prendre soin » n’est pas un geste tech­ni­que. C’est un choix poli­ti­que. Éthique. Sociétal." pré­cise Thierry Amouroux, porte-parole du Syndicat National des Professionnels Infirmiers SNPI.

Reste à savoir si nous sommes prêts à en tirer les consé­quen­ces. Car la ques­tion n’est plus cultu­relle. Elle est désor­mais stra­té­gi­que. Sans reconnais­sance du soin, il n’y aura pas de sys­tème de santé à la hau­teur des enjeux à venir.

En met­tant en lumière l’his­toire, la réa­lité et l’avenir de la pro­fes­sion infir­mière, cette expo­si­tion rap­pelle une vérité essen­tielle :
 Sans soins infir­miers, il n’y a pas de sys­tème de santé.
 Sans reconnais­sance des soins, il n’y a pas de société dura­ble.

La ques­tion n’est donc plus : faut-il valo­ri­ser les infir­miè­res ? Mais plutôt : com­bien de temps pou­vons-nous encore nous per­met­tre de ne pas le faire ?

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