Urgences : l’attente entraine des décès

20 juin 2011

Selon le Journal International de Medecine, les auteurs d’une étude canadienne sur 14 millions de patients ont calculé qu’en réduisant d’une heure en moyenne le délai d’attente, le nombre de décès pourrait être diminué de 6,5 % pour les urgences graves et de 12,7 % pour les urgences plus légères.

L’encom­bre­ment des urgen­ces est devenu un pro­blème préoc­cu­pant dans de nom­breux pays. Une équipe cana­dienne a voulu savoir si un délai d’attente pro­longé avait des consé­quen­ces sur l’état de santé des patients. Ils ont donc exa­miné le risque d’hos­pi­ta­li­sa­tion et de décès à 7 jours à la suite d’un pre­mier pas­sage aux urgen­ces, en fonc­tion du délai d’attente.

L’enquête a été réa­li­sée de manière rétros­pec­tive, sur les don­nées concer­nant les patients qui se sont pré­sen­tés dans les dif­fé­rents ser­vi­ces d’urgence de l’Ontario, entre 2003 et 2007 et dont l’état de santé n’a pas néces­sité d’hos­pi­ta­li­sa­tion. Précisons que, comme dans un cer­tains nombre de sys­tè­mes de soins, les patients qui se pré­sen­tent aux urgen­ces en Ontario sont d’abord « triés », et placés dans l’une des 5 caté­go­ries : de 1 à 3 pour les urgen­ces aiguës des plus graves aux moins graves, 4 et 5 pour ce qui est moins urgent ou pas urgent.

Au total près de 14 mil­lions de per­son­nes sont ren­trées chez elles après avoir été exa­mi­nées, soit 90 % des patients qui se sont pré­sen­tés et 617.000, soit envi­ron 3,6 % en sont repar­tis avant d’avoir été pris en charge. A caté­go­rie d’urgence iden­ti­que, pour les patients qui quit­tent l’hôpi­tal après avoir été pris en charge, le risque d’évènements indé­si­ra­bles (admis­sion à l’hôpi­tal ou décès dans les 7 jours) aug­mente avec la durée moyenne d’attente.
 Pour une patho­lo­gie aiguë, le risque de décès est lar­ge­ment supé­rieur chez les patients ayant attendu plus de 6 heures que chez ceux ayant attendu 1 heure (OR 1,79 ; IC 95 % 1,24 à 2,59), ainsi que le risque d’hos­pi­ta­li­sa­tion dans la semaine sui­vante (OR 1,95 ; 1,79 à 2,13).
 Mais c’est aussi le cas pour des patho­lo­gies moins graves, tant en ce qui concerne le risque de décès (OR 1,71 ; 1,25 à 2,35) que celui d’admis­sion à l’hôpi­tal (OR 1,66 ; 1,56 à 1,76).

Les auteurs esti­ment qu’il est peu pro­ba­ble que le pré­ju­dice soit seu­le­ment dû au délai de mise en route du trai­te­ment, mais plutôt à ce qu’une trop forte charge de tra­vail entrave le dérou­le­ment des soins et altère le pro­ces­sus déci­sion­nel des pro­fes­sion­nels.

Finalement, les auteurs ont cal­culé qu’en rédui­sant d’une heure en moyenne le délai d’attente, le nombre de décès pour­rait être dimi­nué de 6,5 % pour les urgen­ces graves et de 12,7 % pour les urgen­ces plus légè­res.

Sources :
 Dr Roseline Péluchon, du Journal International de Médecine JIM ;FR http://www.jim.fr/en_direct/actua­li­tes/e-docs/00/01/E8/77/docu­ment_actu_med.phtml
 Guttmann A et coll. : Association bet­ween wai­ting times and short term mor­ta­lity and hos­pi­tal admis­sion after depar­ture from emer­gency depart­ment : popu­la­tion based cohort study from Ontario, Canada
BMJ 2011 ;342:d2983

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