L’Observatoire National des Violences en milieu Hospitalier a rendu en mars 2009 son "bilan national des remontĂ©es des signalements d’actes de violence en milieu hospitalier" :
La circulaire du 15.12.2000 a dĂ©fini les grands axes d’une politique de prĂ©vention des situations de violence, dĂ©clinĂ©s sur le terrain par les Ă©tablissements dans le cadre des appels Ă projets organisĂ©s par les Agences RĂ©gionales de l’Hospitalisation, mais il est apparu nĂ©cessaire de crĂ©er une structure ministĂ©rielle permettant de coordonner et d’Ă©valuer les politiques mises en Ĺ“uvre par les diffĂ©rents acteurs sur l’ensemble du territoire, afin de garantir la sĂ©curitĂ© des personnes et des biens Ă l’intĂ©rieur des Ă©tablissements concernĂ©s.
La mission de l’Observatoire National des Violences en milieu Hospitalier, issu de la circulaire du 11 juillet 2005 relative au recensement des actes de violence dans les Ă©tablissements de santĂ©, centralise l’ensemble des informations relatives Ă des faits de violence telles qu’ils sont signalĂ©s via le logiciel Netsurvey dont le lien Ă©lectronique est diffusĂ© aux Ă©tablissements via les ARH.
Le logiciel, opérationnel à partir de septembre 2005, a permis de recenser 800 fiches entre septembre 2005 et décembre 2005. Cependant le recul était très insuffisant et le système trop récent pour permettre une analyse sérieuse et asseoir des conclusions crédibles.
Un premier bilan des remontĂ©es des faits de violence a donc Ă©tĂ© rĂ©digĂ© Ă l’issue de l’annĂ©e 2006, portant sur la pĂ©riode septembre 2005-dĂ©cembre 2006, soit 3289 signalements.
Le bilan DHOS-ONVH 2007 a permis d’affiner les analyses initialement Ă©tablies et d’Ă©tablir un comparatif entre l’annĂ©e civile 2006 et l’annĂ©e civile 2007. Pour ce faire l’ensemble des statistiques portant exclusivement sur l’annĂ©e 2006 a Ă©tĂ© recalculĂ© afin de permettre un comparatif parlant.
A l’issue de l’annĂ©e 2008 l’Observatoire National des Violences Hospitalières se propose d’analyser non seulement l’ensemble des Ă©vènements de violence portĂ©s Ă sa connaissance, au cours de l’annĂ©e 2008, mais aussi de dĂ©gager les tendances qui apparaissent au travers des statistiques comparĂ©es sur 3 annĂ©es :
ANNEE 2006 : 2690 faits signalés
ANNEE 2007 : 3253 faits signalés
ANNEE 2008 : 3433 faits signalés
Ces donnĂ©es permettent d’affirmer que parler de la violence au sein des Ă©tablissements de soins n’est plus un Ă©piphĂ©nomène tant cette dimension a intĂ©grĂ© les Ă©tablissements de santĂ© et les conditions de travail des personnels qui y sont attachĂ©s. L’actualitĂ© nous rappelle parfois dramatiquement cette rĂ©alitĂ©.
Mais parler de violence impose prudence et dĂ©finitions prĂ©alables car la violence est protĂ©iforme et subjective. Chaque acteur confrontĂ© Ă cette notion en donne une dĂ©finition propre et ce constat doit impĂ©rativement ĂŞtre pris en compte avant toute tentative d’analyse, afin de dĂ©finir un langage commun Ă partir duquel chacun pourra puiser les Ă©lĂ©ments de communication et d’informations qu’il recherche.
L’Observatoire National des Violences en milieu Hospitalier a initialement dĂ©veloppĂ© une version du logiciel de remontĂ©e des faits de violence (Netsurvey) (septembre 2005), laquelle a rapidement conduit Ă une modification des critères des informations recueillies (avril 2006), afin notamment de dĂ©finir un langage plus commun Ă tous les utilisateurs, et dès lors plus objectif. Au cours de l’annĂ©e 2009 ce logiciel devrait connaitre certaines modifications et de nouveaux rĂ©fĂ©rentiels devraient y ĂŞtre intĂ©grĂ©s afin d’affiner plus encore les points d’analyses.
Cependant le parallĂ©lisme avec le Code PĂ©nal a Ă©tĂ© justement adoptĂ©, reprenant la distinction : violence aux biens / violence aux personnes, et au sein de chaque catĂ©gorie, dĂ©finissant des niveaux d’agression selon l’Ă©chelle de gravitĂ© retenue par le Code PĂ©nal :
Atteintes aux biens :
Niveau 1 : Vols sans effraction, dĂ©gradations lĂ©gères, dĂ©gradations de vĂ©hicules sur parking intĂ©rieur de l’Ă©tablissement (hors vĂ©hicules brĂ»lĂ©s), tags, graffitis
Niveau 2 : Vols avec effraction
Niveau 3 : DĂ©gradations ou destruction de matĂ©riel de valeur (mĂ©dical, informatique, imagerie mĂ©dicale,...), dĂ©gradations par incendie volontaire (locaux, vĂ©hicules sur parking intĂ©rieur de l’Ă©tablissement), vols Ă main armĂ©e ou en rĂ©union (razzia dans le hall d’accueil,...).
Atteintes aux personnes :
Niveau 1 : Injures, insultes et provocations sans menaces (propos outrageants, à caractère discriminatoire ou sexuel), Consommation ou trafic de substances illicites (stupéfiants) ou prohibées en milieu hospitalier (alcool), Chahuts, occupations des locaux, nuisances, salissures
Niveau 2 : Menaces d’atteinte Ă l’intĂ©gritĂ© physique ou aux biens de la personne, menaces de mort, Port d’armes (dĂ©couverte d’armes lors d’un inventaire ou remise spontanĂ©e ou prĂ©sence indĂ©sirable dans les locaux)
Niveau 3 : Violences volontaires (atteinte Ă l’intĂ©gritĂ© physique, bousculades, crachats, coups), menaces avec arme par nature ou par destination (arme Ă feu, arme blanche, scalpel, rasoir, tout autre objet dangereux), agression sexuelle
Niveau 4 : Violences avec arme par nature ou par destination (armes blanches, armes à feu, scalpels, rasoir, tout objet dangereux), viol et tout autre fait qualifié de crime (meurtre, violences volontaires entraînant mutilation ou infirmité permanente,...)
Après plus de deux annĂ©es d’utilisation, il apparait de nouveau opportun de faire Ă©voluer l’outil de recueil d’informations, ce besoin Ă©tant exprimĂ© par les Ă©tablissements eux-mĂŞmes, mais rĂ©sulte aussi des nĂ©cessitĂ©s statistiques qui se doivent d’ĂŞtre les plus affinĂ©es possible. Une nouvelle version du logiciel pour la dĂ©claration des Ă©vènements survenus au sein des Ă©tablissements de soins devrait donc ĂŞtre proposĂ©e en fin d’annĂ©e 2009.
CONCLUSION - PERSPECTIVES
Le bilan national des remontĂ©es des signalements d’actes de violence en milieu hospitalier analyse l’ensemble des situations de violence subies ou vĂ©cues au sein des Ă©tablissements de santĂ©, et dĂ©clarĂ©es Ă l’Observatoire National des Violences Hospitalières via le logiciel Netsurvey, conçu et diffusĂ© en septembre 2005, remaniĂ© en avril 2006 selon les termes de la circulaire n° DHOS/2005/327 du 11 juillet 2005.
Cependant le besoin croissant d’affiner les analyses nĂ©cessite un recueil des donnĂ©es toujours plus dĂ©taillĂ© (telles que les catĂ©gories du personnel le plus exposĂ©, si les victimes concernĂ©es sont davantage fĂ©minines ou masculines, et pour quel type de violence, les causes de la manifestation de la violence lorsqu’elle est identifiable, ect....).
C’est la raison pour laquelle le logiciel Netsurvey devrait encore Ă©voluer au cours de l’annĂ©e 2009.
L’annĂ©e 2008 enregistre 3433 dĂ©clarations de faits de violence, soit une hausse de 5.6 % de faits supplĂ©mentaire par rapport Ă 2007 (Rappel : 21% entre 2006 et 2007).
Cependant l’ensemble de ces donnĂ©es reste soumis Ă la diligence des chefs d’Ă©tablissements, Ă l’adhĂ©sion et l’utilisation du logiciel de remontĂ©e d’information vers l’Observatoire au sein de leurs Ă©tablissements de santĂ©, et Ă la politique relative Ă la gestion et la prĂ©vention des situations de violence, menĂ©e par les Agences RĂ©gionales de l’Hospitalisation.
Il est donc primordial que les termes de la circulaire du 11 juillet 2005 soient le plus largement possible diffusĂ©s et respectĂ©s. C’est Ă ce prix que les Ă©tudes menĂ©es par l’ONVH seront les plus fiables possibles et le reflet de la rĂ©alitĂ© quotidienne vĂ©cue et/ou subie par les praticiens sur le terrain, plus juste.
La violence s’est rĂ©ellement installĂ©e au sein des Ă©tablissements de santĂ©, qu’elle soit endogène (patients) ou exogène, qu’elle soit involontaire (expression d’une pathologie) ou recherchĂ©e et ciblĂ©e (invasion de bandes, règlement de compte entre bandes rivales, manifestation d’un Ă©nervement ou d’une angoisse).
Les analyses développées traduisent :
Une grande disparitĂ© des dĂ©clarations de violence selon les rĂ©gions, disparitĂ© qui n’est pas nĂ©cessairement en lien avec la situation de la dĂ©linquance gĂ©nĂ©rale enregistrĂ©e au sein de cette mĂŞme rĂ©gion ;
Les établissements psychiatriques sont moins nombreux à déclarer des évènements survenus au sein de leurs structures, mais les déclarations faites par établissement ont augmenté en moyenne de 80 %, avec 38 fiches par établissement en 2008 contre 21 en 2007 ;
Les services de psychiatrie dĂ©clarent 52.61 % des situations de violence enregistrĂ©es par l’Observatoire, soit une hausse de plus de 5% par rapport Ă 2007, plaçant ces services spĂ©cialisĂ©s au mĂŞme niveau que 2006 et comme Ă©tant les services les plus exposĂ©s aux manifestations de violence ;
Parmi l’ensemble des violences signalĂ©es, tout service et tout Ă©tablissement confondu, les atteintes aux personnes restent très largement majoritaires avec près de 90 % des actes commis, constante en hausse depuis 3 ans. Le niveau de violence est Ă©levĂ© (niveau 3 sur 4), avec pour 2008 une aggravation du niveau de violence nettement enregistrĂ©e. Il s’agit essentiellement de coups volontaires.
Quant aux atteintes aux biens, si celles-ci restent au niveau le plus faible (niveau 1 sur 3), s’agissant essentiellement de vols sans effraction et de dĂ©gradations lĂ©gères, le phĂ©nomène de vols Ă main armĂ©e ne doit pas ĂŞtre ignorĂ© en raison de son accroissement au cours de l’annĂ©e 2008.
Les consĂ©quences des violences subies ou vĂ©cues au sein des Ă©tablissements ont peu d’incidence sur le fonctionnement mĂŞme du service concernĂ©, dans la mesure oĂą le personnel, 1ère victime de ces manifestations dans 80 % des cas, dĂ©pose très peu plainte : 13 % des situations en 2008, et que les arrĂŞts de travail ou les incapacitĂ©s de travail qui en dĂ©coulent demeurent exceptionnels (< Ă 5 %).
Ces informations et analyses sur 2008 et la tendance dégagée pour les 3 années écoulées, doivent conduire à développer au mieux les structures, les actions et les formations afin de pouvoir apporter une réponse adaptée, efficace et protectrice des patients et du personnel.
C’est aussi le sens du protocole SantĂ©-SĂ©curitĂ© mis en place le 12 aoĂ»t 2005 signĂ© entre le Ministère de la SantĂ© et le Ministère de l’IntĂ©rieur. A ce jour près de 500 protocoles ont Ă©tĂ© signĂ©s entre les Ă©tablissements de santĂ©, la Police ou la Gendarmerie Nationale.
Parfaire les partenariats entre les diffĂ©rents acteurs concernĂ©s relève aussi des missions de l’Observatoire National des Violences Hospitalières. C’est la raison pour laquelle ce protocole devrait ĂŞtre complĂ©tĂ© au cours de l’annĂ©e 2009 afin de permettre au Ministère de la Justice d’intĂ©grer le dispositif, et que soit apportĂ©e une aide technique supplĂ©mentaire aux directeurs des Ă©tablissements hospitaliers dans la rĂ©alisation d’un diagnostic de sĂ©curitĂ© efficient.
Ce nouveau partenariat devrait Ă©galement permettre de dĂ©cliner localement la mise en Ĺ“uvre de moyens adĂ©quats pour faciliter les dĂ©pĂ´ts de plaintes des victimes d’actes de violence, et assurer le suivi de ces plaintes sur le plan pĂ©nal.
Le sentiment de sĂ©curitĂ© qui doit prĂ©valoir au sein des Ă©tablissements de santĂ© doit s’accompagner d’un recul du sentiment d’impunitĂ© pour les auteurs. Ce n’est qu’en coordonnant les actions de chaque partenaire et acteur (SantĂ©, IntĂ©rieur, Justice) que nous pourrons tendre vers cet objectif.