Santé mentale des jeunes : sans les infirmières nous ne sortirons pas de la crise

Santé mentale des jeunes : sans les infirmières nous ne sortirons pas de la crise

15 juillet 2026

La santé men­tale est deve­nue l’un des plus grands défis de santé publi­que de notre époque. Les trou­bles anxieux pro­gres­sent. Les épisodes dépres­sifs tou­chent des jeunes de plus en plus pré­co­ce­ment. Les ten­ta­ti­ves de sui­cide res­tent à un niveau préoc­cu­pant, en par­ti­cu­lier chez les ado­les­cen­tes. Les délais d’accès aux soins s’allon­gent, tandis que les ser­vi­ces de psy­chia­trie et de pédo­psy­chia­trie pei­nent à répon­dre à une demande en cons­tante aug­men­ta­tion.

La France ne manque plus de diag­nos­tics. Elle manque d’une orga­ni­sa­tion capa­ble d’agir plus tôt.

Et, dans cette orga­ni­sa­tion, une évidence reste lar­ge­ment sous-esti­mée : les infir­miè­res cons­ti­tuent l’un des prin­ci­paux leviers de pré­ven­tion et d’accès aux soins en santé men­tale.

La santé mentale ne commence pas à l’hôpital

Lorsqu’un jeune va mal, il ne pousse pas spon­ta­né­ment la porte d’un ser­vice de psy­chia­trie.

Sa souf­france appa­raît sou­vent pro­gres­si­ve­ment. Elle s’exprime par des trou­bles du som­meil, des dou­leurs inex­pli­quées, une fati­gue per­sis­tante, un décro­chage sco­laire, une consom­ma­tion de sub­stan­ces psy­choac­ti­ves, des sca­ri­fi­ca­tions, un repli sur soi ou des com­por­te­ments inha­bi­tuels.

Autant de signaux fai­bles qui peu­vent passer ina­per­çus... ou être repé­rés suf­fi­sam­ment tôt. C’est pré­ci­sé­ment là que les pro­fes­sion­nels de proxi­mité jouent un rôle déter­mi­nant.

Les infir­miè­res sont pré­sen­tes dans les établissements sco­lai­res, les uni­ver­si­tés, les PMI, les cen­tres médico-psy­cho­lo­gi­ques, les hôpi­taux, les struc­tu­res médico-socia­les, les ser­vi­ces de pro­tec­tion de l’enfance et au domi­cile. Elles ren­contrent les jeunes bien avant qu’une hos­pi­ta­li­sa­tion ne devienne néces­saire.

Repérer, écouter, orienter

On parle beau­coup de psy­chia­trie. On parle moins du temps néces­saire pour éviter que les situa­tions ne s’aggra­vent. Une consul­ta­tion infir­mière ou un entre­tien infir­mier peut per­met­tre de détec­ter une souf­france psy­chi­que débu­tante.

Quelques ques­tions bien posées peu­vent révé­ler un har­cè­le­ment sco­laire, des vio­len­ces intra­fa­mi­lia­les, un mal-être pro­fond ou des idées sui­ci­dai­res.

Parce qu’elles sont acces­si­bles, les infir­miè­res recueillent sou­vent une parole qui ne s’exprime pas ailleurs. Elles évaluent. Elles ras­su­rent. Elles mobi­li­sent la famille lors­que cela est pos­si­ble. Elles orien­tent vers les pro­fes­sion­nels com­pé­tents. Elles assu­rent le lien entre les dif­fé­rents acteurs.

Cette fonc­tion de coor­di­na­tion est essen­tielle. Pourtant, elle demeure insuf­fi­sam­ment reconnue dans les poli­ti­ques publi­ques.

Une réponse qui ne peut pas reposer uniquement sur les psychiatres

La pénu­rie de psy­chia­tres et de pédo­psy­chia­tres est une réa­lité. Il faudra davan­tage de pro­fes­sion­nels. Il faudra aussi mieux uti­li­ser les com­pé­ten­ces déjà pré­sen­tes.

La réponse à la crise de la santé men­tale ne peut pas être uni­que­ment médi­cale. Elle doit être plu­ri­pro­fes­sion­nelle. Les infir­miè­res ne rem­pla­cent évidemment pas les psy­chia­tres. En revan­che, elles peu­vent inter­ve­nir beau­coup plus tôt.

Elles peu­vent assu­rer des consul­ta­tions infir­miè­res, conduire des entre­tiens d’évaluation, ren­for­cer l’éducation en santé, accom­pa­gner les famil­les, assu­rer le suivi des patients sta­bi­li­sés, coor­don­ner les par­cours et contri­buer à pré­ve­nir les rup­tu­res de prise en charge.

Dans de nom­breux pays, cette orga­ni­sa­tion existe déjà. Elle permet de concen­trer l’exper­tise médi­cale sur les situa­tions les plus com­plexes tout en amé­lio­rant l’accès aux soins.

Investir dans les compétences infirmières

Reconnaître cette place sup­pose plu­sieurs évolutions :
 Former davan­tage les infir­miè­res à la santé men­tale, dès la for­ma­tion ini­tiale.
 Développer les for­ma­tions spé­cia­li­sées et la pra­ti­que avan­cée.
 Créer davan­tage de consul­ta­tions infir­miè­res en santé men­tale.
 Renforcer les effec­tifs des infir­miè­res sco­lai­res, uni­ver­si­tai­res et exer­çant dans les CMP.
 Développer les équipes mobi­les où les infir­miè­res occu­pent une place cen­trale.
 Mieux reconnaî­tre le temps consa­cré à la coor­di­na­tion, à la pré­ven­tion et aux entre­tiens cli­ni­ques.

Car écouter, évaluer, accom­pa­gner et pré­ve­nir ne sont pas des acti­vi­tés "invi­si­bles". Ce sont des soins.

Passer d’une logique de crise à une logique de prévention

Nous savons aujourd’hui qu’une prise en charge pré­coce amé­liore consi­dé­ra­ble­ment le pro­nos­tic des trou­bles psy­chi­ques. Chaque mois d’attente sup­plé­men­taire peut favo­ri­ser l’aggra­va­tion des symp­tô­mes, les rup­tu­res sco­lai­res, les dif­fi­cultés fami­lia­les ou les pas­sa­ges aux urgen­ces.

La santé men­tale ne se résume donc pas à ouvrir davan­tage de lits. Elle consiste d’abord à inter­ve­nir suf­fi­sam­ment tôt. Au plus près des lieux de vie. Au plus près des jeunes. C’est pré­ci­sé­ment là que les infir­miè­res sont déjà pré­sen­tes. Encore faut-il leur donner les moyens d’exer­cer plei­ne­ment leurs com­pé­ten­ces.

La santé men­tale des jeunes est sou­vent pré­sen­tée comme l’un des grands défis de notre siècle. Nous par­ta­geons ce cons­tat. Mais rele­ver ce défi sup­pose de regar­der autre­ment notre sys­tème de santé.

Nous conti­nue­rons à man­quer de psy­chia­tres pen­dant plu­sieurs années. En revan­che, nous dis­po­sons déjà d’un réseau de plu­sieurs cen­tai­nes de mil­liers d’infir­miè­res pré­sen­tes sur l’ensem­ble du ter­ri­toire.

La véri­ta­ble ques­tion est donc simple : pour­quoi conti­nuer à cher­cher des solu­tions nou­vel­les sans uti­li­ser plei­ne­ment les com­pé­ten­ces des pro­fes­sion­nels qui sont déjà aux côtés des jeunes, chaque jour ?

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